• The Story

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  • La nuit était tombée sur Seattle.

    Derek Shepherd stationna sa voiture et resta assis au volant quelques minutes, les yeux dans le vague, comme s’il n’était pas certain de ce qu’il allait faire. Il se décida enfin à sortir de son véhicule et à monter la colline au sommet de laquelle se trouvait son mobil home.

    Il ouvrit la porte et se laissa tomber sur la banquette, en poussant un énorme soupir de dépit. Il tenta de faire le point sur les évènements de la journée. Il avait opéré un homme qui avait un piolet planté dans la tête, à la suite d’une escapade entre copains. Il avait fait part de ses soupçons sur les circonstances de l’accident à la police. L’épouse de Richard Webber, Adèle, s’était retrouvée enceinte à 52 ans mais avait fait une fausse couche. L’inconnue du ferry avait enfin été identifiée et était repartie avec sa famille… Tout cela n’était jamais que le quotidien d’un grand hôpital comme le Seattle Grace.

    Il y avait eu d’autres faits qui l’avaient touché plus personnellement. Richard l’avait choisi comme chef du service chirurgie. Cependant, il s’était senti obligé de refuser le poste, parce qu’il avait d’autres priorités. Il devait d’abord mettre de l’ordre dans sa vie avant d’être  capable et digne d’assumer de telles fonctions. Le mariage de Preston Burke et de Cristina Yang s’était écroulé avant même d’avoir été conclu. Le futur marié avait planté sa fiancée devant l’autel. Il avait pris la fuite et ne reviendrait plus.

    Mais le pire moment avait été, sans conteste, la fin de sa relation avec Meredith Grey.

    Plus il y pensait, moins Derek comprenait comment ils avaient pu en arriver là. Leur liaison durait depuis une année, elle avait connu des hauts et des bas, certes, mais de là à se terminer de cette manière ! Une minute avait suffit : un "c’est fini" dont il se demandait  encore s’il s’adressait à lui en particulier ou à l’assemblée de deux cents personnes venues assister à des noces qui n’auraient jamais lieu… et effectivement, cela avait été fini. Meredith avait fui et l’avait laissé là, sans un regard, sans même une explication qui tienne debout. Une minute avait suffi pour mettre sa vie en lambeaux.

    Dans l’espoir de trouver un indice, il se remémora le fil des évènements, comment il avait essayé de rendre Meredith jalouse en lui apprenant que la veille, chez Joe, il avait flirté avec une jeune femme. Il devait reconnaître que flirter était un bien grand mot. Il n’avait fait qu’échanger quelques paroles avec cette fille mais il avait perçu que les choses auraient pu aller plus loin, s’il l’avait voulu. C’est ce qu’il avait laissé entendre à son amie dans l’espoir de la secouer, de lui faire prendre conscience que leur couple était menacé par ses silences et son indifférence. Elle n’avait pas eu exactement la réaction qu’il espérait. Elle s’était contentée de lui demander si elle devait s’inquiéter. Piqué au vif, il n’avait pu que lui dire oui.

    Plus tard, quand il était venu la chercher pour l’emmener au mariage, il avait immédiatement ressenti le malaise qui planait entre eux. Les mains sur les hanches, elle l’avait sommé de rompre avec elle s’il voulait rencontrer d’autres femmes. Il avait souri. Décidément, elle ne comprenait rien. L’aurait-il voulu, il était totalement incapable de la quitter. Il ne pouvait vivre sans elle, elle était l’amour de sa vie. Mais il en avait assez d’être constamment repoussé au profit de la bande de copains qui squattait chez elle. Elle ne pouvait plus faire comme s’il n’existait pas, désirer sa présence un jour, la rejeter le lendemain. Il l’aimait mais il ne pouvait pas tout supporter. C’était ce qu’il lui avait expliqué avant de la supplier : si elle ne l’aimait pas avec la même force, si elle ne croyait plus en eux, alors… c’était à elle de mettre un terme à leur histoire. Elle devait le libérer.

    Elle avait souri et il avait repris espoir… surtout quand elle avait ajouté qu’elle ne pouvait pas. Mais l’illusion n’avait duré que quelques secondes. Elle ne pouvait pas, non pas le quitter, comme il l’avait cru. Elle ne pouvait pas rester. Elle était attendue au mariage de Cristina, son amie avait besoin d’elle. Elle avait été obscure quand elle lui avait dit devoir s’assurer que la mariée arriverait à l’autel. Déçu, il n’avait pas insisté.

    Puis il y avait eu l’épreuve de la chapelle… tenir son rôle de témoin du marié, cacher sa peine, faire bonne figure… Il avait presque craqué, cependant, quand Preston, le devinant au bord des larmes, l’avait interrogé. Il s’était borné à répondre qu’il était probable que Meredith et lui ne voyaient plus les choses de la même façon, mais il ne s’était pas appesanti. Il n’était pas dans ses intentions de gâcher le grand jour de son ami.

    Il n’était pas au bout de ses peines pourtant : lorsque Meredith avait remonté la nef, sous le regard intrigué de tous les invités, il avait compris que quelque chose de grave venait de se produire. Avant de monter sur l’estrade, elle lui avait lancé un regard dont le seul souvenir suffisait à lui glacer le sang. Ce regard-là était éteint. Il avait compris alors qu’elle abandonnait, qu’une fois de plus elle baissait les bras, qu’une fois de plus elle fuyait. Elle s’était adressée à l’assistance pour annoncer que tout le monde pouvait rentrer chez soi, tout était terminé. Et elle était repartie comme elle était venue. Lui était resté là, sans réaction.

    Lorsqu’il s’était repris, il était trop tard. Il avait parcouru les locaux dans l’espoir de la retrouver. Elle devait être aussi malheureuse que lui, il en était certain. Mais elle avait disparu.

    Maintenant il était là, dans sa caravane, à broyer du noir, à se demander ce qu’il aurait pu faire pour empêcher ce désastre de se produire.


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  • Tout à coup, Derek sortit de sa torpeur. Il était inutile de se demander ce qu’il aurait fallu faire. Il fallait agir et essayer de réparer ce qui pouvait l’être. Déterminé, il prit son portable et composa le numéro de la demeure de Meredith. Ce fut Izzie qui décrocha pour lui apprendre que la jeune femme comptait passer le week-end auprès de Cristina pour la soutenir dans ce moment pénible. Elle avait prévenu qu’elle serait injoignable pendant les deux jours à venir. Derek jeta son téléphone sur la table, dans un geste rageur. Qu’il était stupide de se faire encore des illusions ! Comment avait-il pu imaginer que Meredith était en train de se morfondre, comme lui, sur l’échec de leur couple ? Bien entendu, une fois de plus, elle préférait se consacrer à son amie, comme si elle n’avait pas suffisamment de problèmes personnels à résoudre. Il enleva sa veste et défit sa cravate. Il prit une bière dans le frigo et s’allongea pour réfléchir. Il se demanda s’il ne valait pas mieux laisser les choses se tasser un peu avant… avant quoi ? Devait-il encore espérer quoi que ce soit ? Ne valait-il pas mieux tirer un trait sur tout ce gâchis ? Ce furent quelques coups frappés à sa porte qui le tirèrent de sa prostration. Plein d’espoir, il se précipita pour ouvrir et ne cacha pas sa déception quand il découvrit Mark Sloan. Ah c’est toi !

    Ben, cache ta joie, mon vieux. Mark fit son entrée et regarda autour de lui. Donc c’est ici que tu vis depuis que tu as débarqué à Seattle ! Tu n’en finis pas de m’étonner. Ça te change fameusement de la maison de Central Park.

    Que viens-tu faire ici ? aboya Derek.

    Guère impressionné par le ton rageur de son ami, Mark s’installa à son aise. Je veux bien une bière, moi aussi. Derek le servit presque à contrecœur. Tu pourrais m’expliquer ce qui s’est passé tout à l’heure ? Je t’avoue que je n’ai pas tout compris. Je pensais qu’après l’épreuve de la cérémonie, j’allais passer une bonne petite soirée entre le bar et la piste de danse, et finalement, nada. Mark porta la bouteille de Budweiser à sa bouche.

    Derek haussa les épaules. Que veux-tu que je te dise ? Le mariage ne s’est pas fait. 

    Ça, j’ai vu ! répondit Mark, goguenard. C’est Burke ou Yang qui a reculé devant l’obstacle ?

    C’est Preston. Il m’a téléphoné juste après avoir quitté la chapelle, lui apprit Derek en se laissant tomber sur la banquette, en face de son camarade. Il ne s’est pas vraiment expliqué, il m’a seulement dit qu’ils n’avaient pas les mêmes attentes et qu’il ne reviendrait pas à Seattle Grace.

    Mark ouvrit de grands yeux étonnés. Non, tu plaisantes ? Pour le mariage, je ne lui jetterais pas la pierre… Pour ce qui est de sacrifier son job…

    Je le comprends, fit Derek d’un ton morne. C’est trop difficile de voir son ex tous les jours et de faire comme si de rien n’était.

    Nous le faisons bien, lui fit remarquer son ami. Nous travaillons tous les deux avec Addison et ça ne nous pose pas réellement de problèmes.

    Ça n’a rien à voir, s’exclama Derek. Addison et moi, c’est terminé depuis belle lurette, et vous deux, ça n’a jamais vraiment commencé.

    Sympa ! Mark but une nouvelle gorgée de bière. Toi, si ça devait se terminer avec Meredith, tu plaquerais tout, comme tu l’as fait à New-York ?

    Je te dirai ça lundi.

    Mark le regarda, interloqué. Pardon ? Tu veux dire que…

    Oui. Meredith et moi, c’est terminé, lui annonça Derek avec dépit.

    Depuis quand ?

    Cet après-midi.

    Pour quelle raison ?

    Derek soupira. Je suppose qu’elle ne voyait pas d’avenir pour nous, qu’elle n’avait pas envie de s’investir plus, que sais-je ?

    Mark fronça les sourcils. Donc, si je te comprends bien, c’est elle qui a pris l’initiative de la rupture. Tu en as discuté avec elle ?

    Derek secoua la tête. Pourquoi Mark ? Elle m’a dit d’aller me faire voir, c’est ce que je fais.

    Ce n’est peut-être qu’une crise, temporisa Mark. Ce n’est pas la première entre vous. Meredith va avoir le week-end pour réfléchir et, lundi, elle reviendra toute penaude.

    Je ne crois pas, non. Je ne sais même plus si j’en ai envie, d’ailleurs, reconnut Derek. Je suis fatigué d’être le seul à me battre pour cette relation. Je ne suis plus vraiment sûr que cela en vaille la peine.

    Merde ! Mark regarda son meilleur ami avec commisération. Sincèrement, je suis désolé pour toi, mon vieux. Je sais combien tu tenais à cette fille. Tu n’as pas envie de te changer les idées ? Si tu veux, je suis ton homme. On pourrait aller se saouler quelque part.

    Merci, sans façon. Je préfère rester seul, Mark.

    Comme tu veux… Si tu changes d’avis, fais-moi signe.

    Après le départ de Mark, Derek, toujours aussi déprimé, reprit son téléphone et appela le portable de Meredith. Après quelques sonneries, il tomba sur la boite vocale et se résolut à laisser un message. Bonsoir, c’est Derek. Je pensais que… je voulais savoir comment ça se passe avec Cristina. Elle tient le coup ? Tout est allé tellement vite… D’ailleurs, pour nous, peut-être que… on devrait en discuter, tu ne crois pas ? Il faudrait au moins que tu me dises… quand ça t’arrange que je passe chez toi, si je dois prendre mes affaires. Appelle-moi… Je t’embrasse. Il raccrocha, mécontent. C’était tout le contraire de ce qu’il voulait dire. Il ne termina pas sa bière et déversa ce qui en restait dans l’évier. Il se rassit et prit sa tête dans ses mains.


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  • Meredith… Très vite, Derek avait aimé cette fille comme jamais il n’avait aimé auparavant. Il était comme possédé. Il ne savait ni comment ni quand il était tombé amoureux d’elle. Peut-être à leur première rencontre…

    Un an plus tôt, après avoir terminé sa journée de travail, il avait atterri à l’Emerald City Bar. Il s’était attablé devant un whisky et comme souvent depuis quinze jours, il s’était retrouvé seul, face à lui-même. Il n’avait pas remarqué immédiatement la jeune femme aux longs cheveux blonds qui, assise au comptoir, lui tournait le dos. D’ailleurs, il aurait été incapable de dire pour quelle raison elle avait éveillé son intérêt. Une silhouette, une allure, une présence, elle n’était rien de plus. Néanmoins, il s’était mis à faire attention à elle.

    Dédaignant totalement les avertissements du barman, elle avait commandé une tequila sans glace. Derek avait souri quand il l’avait entendue dire que de toute façon, le lendemain, elle regrettait toujours d’avoir bu. Il avait eu alors une envie irraisonnée, irrépressible, qui ne lui ressemblait pas du tout, d’aller la retrouver. Il avait depuis bien longtemps perdu l’habitude de draguer dans les bars mais les circonstances de la vie avaient fait que, ce soir-là, il s’était décidé.

    En effet, trois semaines auparavant, il avait reçu un coup de massue tel qu’il n’aurait pu l’imaginer. Il était rentré chez lui, après une dure journée au bloc. Dès qu’il avait franchi la porte de sa maison, il avait eu un mauvais pressentiment. Les reliefs d’un repas en tête-à-tête, une veste familière abandonnée sur une chaise, la porte de sa chambre entrouverte, la vision d’un couple endormi, tout cela avait confirmé ce qu’il avait soupçonné dès son arrivée : son épouse, Addison, couchait avec Mark, son meilleur ami depuis l’enfance, quasiment un frère pour lui qui n’avait eu que des sœurs.

    Dans le bar, Derek avait secoué la tête, comme pour chasser ses idées noires, et il s’était levé pour s’asseoir au comptoir. Il avait salué la jeune femme et avait commandé, comme d’habitude, un double scotch pur malt. Elle lui avait à peine jeté un regard. Par contre, lui avait immédiatement remarqué sa beauté, son air froid et distant qui la rendait tellement mystérieuse. Malgré l’indifférence qu’elle manifestait, il s’était lancé et lui avait demandé si ce bar était un endroit sympa où traîner. Elle avait daigné répondre que c’était la première fois qu’elle y venait, compte tenu de sa récente arrivée en ville. Il avait voulu y voir un signe du destin, parce qu’il était dans la même situation. Il le lui avait dit mais elle avait agi comme s’il n’était pas là. Quand il le lui avait fait remarquer, elle avait rétorqué que, du moins, elle essayait.

    L’orgueil du chirurgien avait été piqué au vif. Il n’avait pas l’habitude que les femmes ne fassent pas attention à lui, bien au contraire. Il l’avait relancée, affirmant que quand elle aurait appris à le connaître, elle ne pourrait que l’aimer. Elle s’était moquée de lui et de son narcissisme. Ils avaient ri. La glace étant rompue, il lui avait demandé de se raconter. Elle avait immédiatement établi les règles. Il n’y avait pas d’histoire, elle n’était qu’une fille dans un bar. Il avait joué le jeu, il n’était qu’un type dans un bar. Ils s’étaient caressés du regard. A ce moment-là, le message était passé clairement : l’aventure serait sans lendemain.

    Ils avaient bu, beaucoup bu, elle, de la tequila, lui, du whisky. C’est sans doute pour cette raison que Derek ne se souvenait plus vraiment de la suite des évènements : leur départ du bar, leur arrivée dans la maison de la belle inconnue, leur premier baiser, et même, à son grand regret, tout ce qui avait suivi. Au moins, cela lui permettait d’être certain de ne pas avoir été séduit par les talents sexuels de Meredith.

    Par contre, quand il s’était réveillé au petit matin, il avait craqué devant cette jeune femme timide, rougissante, aux airs de biche effarouchée. C’est à ce moment qu’ils avaient échangé leurs prénoms. Quand elle s’était enfuie dans l’escalier en lui demandant de partir en claquant la porte derrière lui, il avait hésité à reconnaître en elle celle que, la veille, l’alcool avait rendue pleine d’assurance.

    Il s’en était allé, résigné à ne plus jamais la revoir. Mais le hasard faisant bien les choses, il l’avait retrouvée quelques heures après. Par un joli pied de nez que leur faisait le destin, elle était interne au Seattle Grace Hospital. La stupéfaction de Derek n’avait eu d’égal que sa joie de réaliser qu’ils seraient amenés à travailler ensemble et à se voir quotidiennement. Il l’avait attirée dans les escaliers pour discuter des évènements de la nuit mais elle l’avait remis à sa place. Hors de question d’avoir avec lui une relation autre que professionnelle. Le charme du matin n’avait pas été rompu, que du contraire, lorsqu’elle lui avait fait la morale en l’appelant Dr Shepherd. Au lieu de le refroidir, cette tactique qui n’était absolument pas calculée, il le savait, avait attisé son intérêt et achevé de le conquérir.

    Assis dans sa caravane, Derek songea à tous les efforts qu’il avait faits pour lui plaire. Il avait aimé qu’elle lui résiste, se réfugiant derrière le prétexte de la hiérarchie qui existait entre eux pour l’éviter. Au début, cela n’avait été qu’un jeu pour lui, du moins le pensait-il. Mais tel est pris qui croyait prendre. Très rapidement, il avait été touché par cette jeune femme dont il avait deviné que, sous ses airs durs et farouches, se cachait une petite fille blessée par la vie.

    Il lui en avait fallu des trésors de patience pour l’apprivoiser, la convaincre de sa sincérité, la décider à lui accorder une chance. Mais à chaque fois qu’il avait cru toucher au but, elle avait pris la fuite. C’est à cela que pouvait se résumer leur relation : un pas en avant, deux en arrière.


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  • Meredith était allongée aux côtés de Cristina. La pénombre de la chambre ne lui permettait pas de la voir mais elle devinait que son amie dormait sereinement, malgré les épreuves de la journée. Sans doute, au fond de son cœur, était-elle soulagée d’avoir retrouvé sa liberté. Ce n’était pas son cas. Elle n’était pas heureuse d’avoir rompu avec Derek. Mais elle avait dû s’y résoudre, pour lui comme pour elle. Elle savait que, depuis un certain temps, un fossé s’était creusé entre eux. Elle en avait eu la confirmation quand il lui avait dit avoir flirté avec une inconnue. Cette rencontre constituait, selon lui, le moment fort de sa semaine. Elle en avait éprouvé une certaine jalousie mais, comme à son habitude, elle n’avait pas réagi de la façon adéquate. Cet après-midi, elle lui avait suggéré de reprendre sa liberté. Il l’avait assuré en être incapable. Elle était l’amour de sa vie. Elle avait été heureuse de l’entendre révéler la force de ses sentiments. Mais il lui avait également confié sa difficulté à gérer ses silences et à accepter son besoin de distance. Elle avait compris qu’il lui lançait un appel au secours et elle avait été tentée de lui répondre favorablement. Mais elle ne l’avait pas fait. Il lui fallait d’abord une preuve.

    Elle avait tout misé sur Cristina et elle avait perdu. Elle s’était raccrochée à l’espoir fou que le mariage de son amie sonnerait la fin de ses moments noirs et qu’elle aurait droit, elle aussi, au happy end. Mais ce n’était qu’une illusion. Il n’y aurait jamais de happy end. Cristina et elle étaient différentes, elles n’étaient pas faites pour être heureuses. Le discours de Burke avait également contribué à lui ouvrir les yeux. Un jour, immanquablement, Derek, tout comme Preston avec Cristina, aurait exigé d’elle certains changements. Déjà, il ne l’acceptait plus telle qu’elle était. Il attendait d’elle qu’elle communique, qu’elle extériorise ses sentiments. Elle avait essayé mais elle n’y était pas parvenue. Elle n’avait jamais appris à exprimer ses émotions. Elle avait plutôt tendance à se refermer comme une huître. De tout temps, elle avait fonctionné de cette façon, elle ne pouvait rien y changer. Maintenant, elle en était sûre, elle ne connaîtrait jamais le bonheur. Voilà pourquoi elle avait décidé de rompre avec Derek. Voilà pourquoi elle l’avait libéré. Elle ne voulait plus qu’il souffre par sa faute. Dorénavant, ils suivraient des chemins différents. Cette pensée, bien plus que la perspective de vivre seule, la terrassa. Elle se recroquevilla sur elle-même et laissa couler ses larmes.

    Le bruit de ses reniflements réveilla Cristina. Meredith… ça ne va pas ?

    Meredith parla d’une voix étranglée. Si, si. Tout va bien. Rendors-toi.

    Cristina alluma la lampe de chevet et se tourna vers son amie. Non. Tout ne va pas bien. Tu pleures. Elle s’assit. Qu’est-ce que tu as ?

    Meredith essuya rapidement ses larmes avec la manche de son tee-shirt avant de s’asseoir à son tour. Un peu de vague à l’âme, c’est tout.

    Ton McDreamy te manque tant que ça ? l’interrogea Cristina avec un ton un brin ironique. Malgré tous ses efforts, elle n’avait jamais compris ce que son amie pouvait bien trouver à ce bellâtre au brushing impeccable et au sourire étincelant. Tu sais, si tu veux aller le retrouver, vas-y. Ne t’en fais pas pour moi. Ça va, je n’ai pas besoin d’une nounou.

    Non. J’ai dit que je resterais avec toi. Je reste.

    Cristina haussa les épaules  Comme tu veux... Elle se laissa retomber sur son oreiller. Dis-moi, tu lui as parlé de notre projet ? Il est au courant de mon emménagement ?

    Non, répondit Meredith d’un ton las. Mais ce n’est pas grave.

    Cristina fit une grimace dubitative. Ecoute, je ne veux pas créer de problèmes. Burke a dit que je pouvais rester ici jusqu’à ce que je trouve autre chose, donc… Je comprendrais que Derek n’ait pas envie de voir encore un de la bande débarquer chez vous.

    Ça n’a plus d’importance, Cristina, fit Meredith, la voix étranglée.

    Que veux-tu dire ? Cristina se rassit une fois encore pour scruter l’expression de sa camarade. Meredith… Tu es vraiment bizarre… je veux dire, tu es bizarre tout le temps, mais aujourd’hui plus que d’habitude. Ce n’est pas à cause de moi, tout de même ? Comme Meredith ne répondait pas, Cristina leva légèrement les yeux au ciel en prenant un air détaché. Je m’en remettrai, tu sais. Il n’y a pas mort d’homme. Je ne suis pas de l’étoffe de celles qui se marient, c’est tout. Je me suis fait une raison et, de toute façon, je m’en fous.

    Je sais ce que tu veux dire. Moi aussi, je… Meredith se remit à pleurer. J’y croyais, Cristina, j’y croyais vraiment… mais tu m’as prouvé que… je n’y aurais pas droit, moi non plus… Mais moi, je ne m’en fous pas du tout.

    Cristina fronça les sourcils. Ho ho ho ! De quoi parles-tu, là ? Explique-toi, Meredith.

    Derek et moi, c’est terminé, laissa enfin tomber Meredith.

    Cristina ouvrit de grands yeux stupéfaits. Hein ! s’exclama-t-elle. Depuis quand ?

    Cet après-midi, à la chapelle, lui expliqua son amie d’une toute petite voix. Juste après que Burke t’ait dit…

    Mais pourquoi ? Ça n’a rien à voir avec moi, j’espère !

    Nous sommes les mêmes, Cristina, couina Meredith avec des accents de désespoir. Nous ne sommes pas faites pour être heureuses. Nous sommes des chirurgiennes, rien d’autre.

    Cristina souffla bruyamment. Pfft ! Je n’ai jamais rien entendu de plus stupide, Meredith. Derek et toi, ça fonctionnait bien.

    Toi et Burke aussi, non ? répliqua Meredith.

    Cristina grimaça. Oui et non. Il voulait que je sois une autre personne que celle que je suis. J’ai voulu lui faire plaisir mais je n’aurais pas tenu le coup très longtemps.

    Derek aussi veut que je sois quelqu’un d’autre, déplora tristement Meredith. Quelqu’un que je ne peux pas être.

    Ah les mecs ! Tous les mêmes. Cristina donna un léger coup de coude à sa voisine. Tu veux que je te dise ? Tu as raison. Nous ne sommes pas des femmes comme les autres, nous sommes des chirurgiennes, asséna-t-elle avec fierté. Et à mon avis, c’est bien mieux !


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  • Derek continuait de déprimer, seul dans sa caravane. Plus le temps passait, moins il supportait de rester là, sans savoir où Meredith se trouvait, ce qu’elle faisait et avec qui. Tout cela n’avait aucun sens. Il refusait que leur histoire se termine comme ça. Il y avait sûrement quelque chose à faire. Il empoigna sa veste et grimpa dans sa voiture en moins de temps qu’il n’en fallut pour le dire. Par acquit de conscience, il passa devant la maison de Meredith mais n’y vit pas son véhicule. Il décida d’aller chez Joe. Il avait peut-être une chance de la trouver là-bas.

    Il fut on ne peut plus dépité lorsque Joe lui apprit que la jeune femme n’avait pas été vue de la journée. De la bande des habitués, il n’y avait eu qu’Alex qui lui avait appris que le mariage de Cristina avait été annulé. Le jeune homme venait d’ailleurs de repartir, complètement saoul. Derek pensa que l’idée n’était pas si mauvaise – il était temps de vérifier la véracité de l’adage "boire pour oublier" – et commanda un double scotch pur malt.

    Joe haussa les sourcils. Hé Docteur ! Vous n’avez pas l’air dans votre assiette ? Vous êtes certain que le whisky, c’est une bonne idée ?

    Derek lui fit un rictus qui se voulait être un sourire rassurant. Pas d’inquiétude, Joe. Je maîtrise…

    Si vous le dites… Je suis là au cas où vous auriez besoin de compagnie.

    Derek se contenta de lui faire un signe de la tête et se perdit dans la contemplation de son verre qu’il tourna et retourna entre ses doigts avant d’en boire une longue gorgée. Il fut arraché à ses pensées par une voix suave. Bonsoir.

    Il se retourna et reconnut la jeune femme de la veille. Il se força à sourire. Bonsoir. Décidément, ça devient une habitude de nous rencontrer ici.

    La jolie brune lui adressa un regard caressant. Une bonne habitude, j’espère.

    C’est encore un peu tôt pour le dire. Derek lui désigna le tabouret à côté du sien. Je vous offre un verre ?

    Ah ! Vous êtes plus sociable aujourd’hui. La jeune femme regarda autour d’elle. Vos amis ne sont pas là ce soir ?

    Non. Je suis seul. Le chirurgien fit un signe à Joe. Alors qu’est-ce que vous buvez ?

    Un martini dry, merci. L’inconnue se percha sur le tabouret.

    Derek attendit que Joe serve la consommation pour poursuivre la conversation. Alors, qu’est-ce qu’une fille comme vous fait à une heure si tardive dans ce lieu de perdition ?

    La jeune femme lui décocha un regard moqueur. Oh ! Est-ce que vous me dragueriez par hasard ? Elle sourit en voyant Derek hausser les épaules. J’avais seulement envie de me changer les idées, d’évacuer le stress… J’allais partir quand je vous ai aperçu et j’ai eu envie de rester.

    Ne modifiez pas vos projets pour moi.

    Elle but une gorgée de Martini en secouant la tête. En réalité, je n’avais pas vraiment de projet… Et si on commençait par les présentations ? Moi, c’est Lexie.

    Derek serra la main qu’elle lui tendait. Derek. Que faites-vous dans la vie, Lexie ?

    Je viens d’obtenir mon diplôme de médecine et je vais commencer mon internat de chirurgie au Seattle Grace Hospital, annonça Lexie avec fierté.

    Oh alors nous sommes amenés à nous revoir. Je suis chirurgien au Seattle Grace, précisa Derek devant le regard interrogateur de Lexie.

    C’est vrai ? s’écria cette dernière, stupéfaite. Vous êtes chirurgien ? Derek opina de la tête. Dans quelle spécialité ?

    La neuro.

    Intéressant... Lexie le dévisagea avec un air coquin. Je vais devoir vous appeler Dr Derek ?

    L’intéressé eut un sourire bienveillant. Je pense que Dr Shepherd sera plus approprié.

    Eh bien, Dr Shepherd, j’ai la sensation que vous allez m’apprendre énormément de choses, dit Lexie avec un ton volontairement ambigu.

    Derek se demanda si elle ne parlait que de médecine. Et vous, comment devrais-je vous appeler ? Lexie pourrait paraître trop familière aux yeux de certains.

    Dr Grey.

    Il manqua de s’étrangler avec son whisky. Grey… comme Meredith Grey ?

    Lexie ne remarqua pas son trouble. Oui, c’est ma demi-sœur. Je sais qu’elle travaille aussi au Seattle Grace mais nous n’avons jamais eu aucun contact. Je n’ai appris que récemment son existence. Vous la connaissez ?

    Derek choisit de rester évasif. Un peu… Décidément le sort s’acharnait contre lui. Cette scène était, à quelques détails près, identique à celle de sa première rencontre avec Meredith. Il était temps d’arrêter les frais.  Bon… je vais devoir vous laisser.

    Oh déjà ! s’exclama Lexie, déçue. Mais la soirée ne fait que commencer.

    Pour vous, je n’en doute pas. Mais moi, j’ai certaines obligations, prétendit Derek. Enchanté de vous avoir revue, Lexie. Après avoir fait signe à Joe de mettre les consommations sur sa note, Derek s’en alla précipitamment. Il avait maintenant la confirmation que les rencontres de comptoir n’étaient jamais que des sources d’ennui.


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