• CHAPITRE 995

    Oui, mais il y a les soins médicaux à proprement parler, objecta Anne. Ça n’est pas gratuit.

    Non, bien sûr, admit Derek. Toutefois, si votre belle-sœur a une assurance-maladie, cela devrait couvrir les frais.

    Je n’en ai aucune idée, confessa Anne. Je vais devoir me renseigner. J’espère que Gloria est au courant. Derek lut la panique dans ses yeux. Il avait déjà vu cette réaction chez bon nombre de parents de patients, lorsqu’ils réalisaient que la situation était en train de leur échapper et qu’ils étaient seuls pour résoudre toute une série de problèmes. Et si jamais, elle n’a pas d’assurance ? reprit Anne. Effrayée par cette perspective, elle se mordilla la lèvre inférieure. Un jour, nous devrons sans doute la mettre en maison de retraite. Comment on va payer les frais ? Il y a bien sa maison mais je ne sais pas si on a le droit de la mettre en vente de son vivant.

    On pourrait la louer peut-être, avança timidement Meredith.

    Puisque vous évoquez les problèmes financiers, intervint Derek, je ne peux que vous conseiller de demander à votre belle-sœur, pour autant qu’elle ait encore des moments de lucidité évidemment, qu’elle vous donne procuration. Vous pourrez alors gérer ses biens. Si elle n’est plus capable de prendre ce genre de décision, vous devrez vous faire désigner comme sa tutrice légale.

    Voilà encore quelque chose à laquelle Anne n’avait pas pensé. Et pourtant, il était évident qu’Ellis n’était plus apte à s’occuper d’argent. Cette maladie est épouvantable, s’écria-t-elle, abattue par ce flux de mauvaises nouvelles.

    Derek secoua imperceptiblement la tête. Oui, et malheureusement la médecine est encore impuissante face à elle. On ne connait pas son origine. Quant à la soigner…

    Mais enfin, il n’y a pas de traitements, pas de médicaments ? s’exclama Anne, révoltée.

    Derek se laissa aller dans le fond de son fauteuil. Il y a des médicaments, mais ils ne font que ralentir l'évolution de la maladie, sans la stopper. Le malade se dégrade plus lentement, c’est tout ce qu’on peut faire. A partir d’un moment, il ne sert plus à rien de prescrire ces médicaments, ils n’ont plus aucun effet. C’était ce qui lui avait été le plus pénible, au début de sa carrière, accepter l’idée que parfois, il n’y avait plus rien à faire et qu’il fallait laisser la maladie et la mort faire leur œuvre.

    Est-ce qu’on meurt de la maladie d’Alzheimer ? demanda Meredith d’une petite voix peu assurée.

    Parce que la question était grave et importante, et qu’il avait entendu à son intonation qu’elle était inquiète, Derek cessa de faire semblant de ne pas l’entendre. Pour la première fois depuis le début de l’entretien, il la regarda en face. Oui, dans son stade avancé, ça devient une maladie mortelle, comme le cancer. Mais dans la plupart des cas, le décès est causé par des complications dues à l'inconscience du malade : chute, aggravation d'une infection qu’il n’a pas pu signaler, façon d'avaler qui provoque l'étouffement…

    Oh mon dieu ! Quelle horreur ! gémit Anne, en portant la main à sa bouche

    Je suis désolé, Madame, vraiment désolé, certifia Derek avec une sincère compassion. J’aurais aimé avoir de meilleures nouvelles à vous annoncer.

    Anne lui sourit tristement. Vous n’y êtes pour rien, Docteur. C’est déjà tellement gentil de votre part d’avoir bien voulu nous consacrer tout ce temps. D’ailleurs, nous n’allons pas vous retenir plus longtemps. Elle se leva avec l’envie pressante de quitter ce bureau où elle avait la sensation d’étouffer, pour se retrouver à l’air frais. Ce qu’elle venait d’apprendre l’avait profondément bouleversée, choquée même. Il lui faudrait du temps pour digérer tout ça.

    Derek se leva également et fit le tour de son bureau pour lui dire au revoir. Je regrette de ne pas pouvoir faire plus.

    Anne serra la main qu’il lui tendait puis fit deux pas vers la porte, avant de faire prestement demi-tour. Une horrible idée venait de la frapper. Dites-moi, Docteur, est-ce que cette maladie est héréditaire ? Je vous demande ça pour ma fille et les enfants qu’elle aura un jour.

    Les enfants de Meredith ! Jamais Derek n’avait pensé à cela, si ce n’était à Aspen, et cela s’était conclu par l’achat de la pilule. Il se tourna vers la jeune fille et la regarda dans les yeux. Elle lui rendit son regard, intensément. L’espace d’un instant, le temps fut suspendu. Ils ne se souciaient plus de ce qu’Anne pourrait en penser. A peine se souvenaient-ils qu’elle était là. Avec son interrogation, elle les avait mis, sans le vouloir, face à la réalité. Une vie, un couple, des enfants, tout ce qu’ils ne vivraient jamais, du moins pas ensemble. L’image de Meredith entourée d’enfants qu’un autre lui aurait faits parut intolérable à Derek. Rassurez-vous, selon les études qui ont été réalisées jusqu’à présent, rien ne prouve que la maladie soit héréditaire, répondit-il en se détournant de son ex petite amie, avec la soudaine envie d’être seul.

    Merci, répondit sobrement Anne. Il aurait fallu qu’elle soit aveugle pour ne pas voir ce qui venait de se produire. Le regard que sa fille avait échangé avec le médecin n’avait rien d’anodin. Il était fervent, enflammé, passionné. En tout cas, il révélait que ces deux-là se connaissaient bien mieux qu’ils ne le prétendaient. En revanche, ce qu’Anne ne comprenait pas, c’était la raison du petit jeu auquel ils s’étaient livrés. Pourquoi jouer à être des étrangers l’un pour l’autre ? Lui qui l’ignorait, elle qui le provoquait par ses petites phrases assassines... Anne se promit de tirer tout cela au clair dès qu’elle se retrouverait seule avec sa fille. Au revoir, Docteur, fit-elle en avançant vers la porte.


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Mardi 13 Août à 13:32

    Ce qui devait arriver arriva ! Maman les a démasqués. Je me demande ce que Meredith va faire

    C'est dingue comme ils s'aiment. C'est pour ça que leur attitude est d'autant plus ridicule. Il faut vraiment qu'ils prennent le temps de bien discuter, de mettre les choses à plat et d'établir de nouvelles règles pour leur relation 

     

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