• CHAPITRE 985

    Au souvenir du temps passé avec Momsy, la jeune fille sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle avait largement l’âge d’être ma grand-mère et, pourtant, elle a été la meilleure amie que j’ai jamais eue. Elle me comprenait, elle m’encourageait, elle croyait en moi ! Oui, Momsy avait toute confiance en elle, bien plus que sa mère apparemment, qui imaginait elle ne savait quelle horreur.

    Mais moi aussi, je crois en toi, voyons, certifia énergiquement Anne. Je l’ai toujours fait. Je sais que tu vas faire de grandes choses.

    Pas sans argent ! s’emporta Meredith. Et vu la façon dont Cristina me paie, je pourrai envisager d’aller à l’université à l'âge de la retraite.

    Donc, tu choisis la facilité, lui reprocha sa mère. Ce n’est pas comme ça que je t’ai élevée, Meredith.

    Je sais, rétorqua cette dernière sur un ton las. C’est pour ça que j’ai hésité avant d’accepter cet argent. Comme toi, j’ai pensé que je n’avais pas le droit de le prendre, que je n’avais rien fait pour le mériter mais en même temps… Elle releva des yeux inondés de larmes sur sa mère. Je ne l’ai pas volé, maman. Je ne l’ai même pas demandé. C’est seulement un merveilleux cadeau qu’on m’a fait.

    Anne réfléchit un instant, essayant de trouver une explication plausible à cet argent tombé du ciel. L'ami dont tu m'as parlé, le petit-fils de cette dame, c'est ton ancien petit-ami ?

    Non, non, nia Meredith. C’est seulement un ami. Mon meilleur ami pour tout dire, précisa-t-elle. Mais il n’y a jamais rien eu entre nous.

    Cet héritage me met vraiment très mal à l’aise, déclara Anne. Mais je suppose que je n’arriverai pas à te faire changer d’avis, n’est-ce pas ? Meredith secoua lentement la tête. Très bien, je m'incline. J'espère simplement que tu feras un bon usage de tout cet argent, conclut Anne. Elle tapota le divan, à côté d’elle. Viens t’asseoir près de moi. Meredith obéit et posa la tête sur l’épaule de sa maman. Je trouve admirable que tu aies accompagné cette dame dans ses derniers jours, reprit cette dernière. Mais pourquoi être partie sans dire où tu allais ? Pourquoi ne plus donner de nouvelles à Gloria et à tes amies ?

    Meredith soupira. Elle ne pouvait pas dévoiler à sa mère les véritables raisons de sa fuite mais elle ne voulait pas lui mentir non plus. Elle choisit de rester vague. Je te l’ai dit, j’avais besoin de prendre du recul.

    Le ton d’Anna Grey se durcit légèrement. Tout ça, c’est bien gentil, Meredith, mais tu avais des responsabilités ici. Tu devais t’occuper de ta tante. Pourtant, tu l’as abandonnée.

    Meredith se releva d’un bond. Je ne l’ai pas abandonnée, cria-t-elle, ulcérée par l'injustice de l'accusation. Gloria était là, et Izzie, et Cristina.

    Elles ne sont pas de la famille, lui opposa sa mère. On ne peut pas leur demander de s’occuper de tante Ellis comme on le ferait, nous.

    Mais elles ont pris le même engagement que moi, souligna Meredith. On avait accepté les règles du jeu. Vivre ici gratuitement à condition de veiller sur tante Ellis. Elle réalisa soudain qu’elle était injuste avec ses camarades. Si elle voulait être totalement honnête, elle devait reconnaître qu’Izzie et Cristina avaient passé bien plus de soirées qu'elle à veiller sur Ellis, tandis qu’elle suivait Derek par monts et par vaux. Elle se mit à pleurer. Que n’avait-elle pas fait pour lui, jusqu’à trahir les promesses faites à sa mère, et tout ça pour quoi ?

    Ma chérie. Anne se leva pour prendre sa fille dans ses bras et l’entraîner à nouveau dans le divan. Il n’y a pas de quoi te mettre dans cet état !

    Tu me reproches d’avoir abandonné Tante Ellis mais… tu ne te rends pas compte, maman, geignit Meredith. Je l’aime beaucoup mais ses crises… c’est terrible. Un instant, elle est comme une petite fille et la seconde d’après, c’est une vraie harpie. Un jour, elle a même voulu me frapper parce qu’elle croyait que je voulais lui voler son mari. Elle pensa soudain à ce que Derek lui avait maintes fois répété. C’est beaucoup trop lourd pour moi.

    Oui, son état s’est aggravé, admit sa mère. Je le vois depuis que je suis ici. Elle regarda sa fille avec tristesse. Je savais que ça arriverait un jour mais je ne croyais pas que ce serait si rapide. Elle s’en voulait d’avoir mal évalué la situation et d’avoir exigé de sa fille des choses qui dépassaient de loin ses compétences. Quitter sa petite ville, son entourage, ses habitudes pour débarquer dans une métropole où on ne connaissait personne, s’y faire une place, gagner de quoi vivre sa vie… La pression était déjà bien suffisante que pour ne pas lui en rajouter d’autres. Je n’aurais pas dû t’imposer ça, reconnut-elle. Elle souffla comme si elle portait le poids du monde sur ses épaules. Je ne sais pas ce que je dois faire.

    A nouveau, Meredith pensa aux conversations qu’elle avait eues avec Derek à ce sujet. Les crises qui se faisaient de plus en plus fréquentes, le malade qui devenait un danger pour lui-même, les proches qui se retrouvaient rapidement dépassés par la situation, l’hospitalisation qui s’imposait finalement comme la seule option possible… Je connais quelqu’un qui pourra nous conseiller, lâcha-t-elle soudain, sans l’avoir prémédité. Je l’appellerai demain.


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Jeudi 1er Août à 15:02

    Meredith a raison, elle (et ses amies aussi) est beaucoup trop jeune pour assumer la responsabilité d'une malade comme sa tante. C'est l'affaire des professionnels. Ou du moins pas de jeunes femmes tout juste sorties de l'adolescence. Elles ont leur vie à construire. Je suis contente que Anne l'ait admis facilement

    Donc Meredith a l'intention de demander conseil à Derek pour sa tante ? Un moyen de déjà renouer le lien ? 

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