• CHAPITRE 843

    Mark ouvrit la porte des vestiaires et s’arrêta net sur le seuil en découvrant Derek, torse nu, qui était en train de revêtir sa tenue de chirurgien. Derek regarda en direction de la porte qui venait de s’ouvrir et se figea en reconnaissant son ami. Les deux hommes se défièrent du regard avant de se détourner, chacun de son côté, se tournant même ostensiblement le dos, agissant comme si l’autre n’existait pas.

    Derek n’acceptait pas que Mark se pose en défenseur de la morale et de la vertu, alors qu’il était exactement comme lui. De plus, Mark n’avait-il pas été le premier à se moquer de lui, quand il avait commencé à sortir avec Meredith, parce qu’il ne voulait plus avoir d’autre relation qu’elle ? Et maintenant qu’il avait peut-être changé d’avis, Mark le lui reprochait ! Mais de quel droit ? Bien sûr, Derek savait à quel point Mark appréciait désormais Meredith et l’amitié qu’il éprouvait pour elle. Mais de là à fouler aux pieds tout ce qui avait existé entre eux ! Depuis qu’il avait quitté la boutique, les dernières paroles de son ami résonnaient sans cesse dans son esprit. J’ai changé de côté. Trente-cinq ans d’amitié quasiment réduits à néant parce que Mark s’était mis en tête de protéger une fille qu’il ne connaissait que depuis trois mois ! Derek n’en revenait pas. Il finit de s’habiller, se murant dans un silence de plus en plus pesant, son ressentiment grandissant au fil des secondes. Après avoir rangé ses affaires dans son casier, il en referma la porte d’un geste rageur en la faisant claquer bruyamment, avant de sortir, la tête haute, la mine agressive, le regard fixé devant lui pour ne pas avoir l’air de chercher celui de Mark. Il était à peine sorti de la pièce que celui-ci lâchait un retentissant "connard" plein de hargne.

    Mark était partagé entre deux pôles. Il ne pouvait s’empêcher de penser que si Derek recommençait à fréquenter les bars et les clubs à la recherche d’aventures d’un soir, il serait forcément moins disponible pour Meredith. Peut-être qu'alors la jeune fille se lasserait d’attendre son amant et remarquerait enfin l’amour que lui portait son meilleur ami. Mais d’un autre côté, Mark n’était pas dupe. Même si elle réalisait un jour les sentiments qu’il avait pour elle, cela ne changerait pas grand-chose, du moins pas à son avantage. Le fait est qu'elle semblait totalement envoûtée par Derek. Malheureusement, si les infidélités de ce dernier se prolongeaient, arriverait immanquablement le moment où elle en aurait connaissance. Et ce jour-là, elle ne sortirait pas indemne d’une telle affaire. Après la trahison de George, celle de Derek la dévasterait, sans doute à tout jamais. Alors, vaut mieux oublier ça tout de suite, se dit Mark. Il repensa à la scène du matin et jura. Non content de tromper sa petite amie, Derek la rendait responsable de ses actes. C’était peut-être ce que Mark admettait le moins. Il ne comprenait pas que Derek se montre aussi injuste avec la jeune fille, alors que, Mark en aurait mis sa main au feu, il en était fou amoureux. Mark connaissait son ami, son histoire, il savait ce qui avait fait de lui cet homme dur, mais cette fois, il estimait que Derek avait été trop loin et il ne parvenait pas à lui trouver des excuses. C’est déçu et exaspéré qu’il quitta les vestiaires à son tour.

    Durant la matinée, les deux hommes se croisèrent dans les couloirs en s'ignorant royalement, se retrouvant parfois au chevet de certains de leurs patients, n’échangeant que des informations purement professionnelles quand ils y étaient vraiment obligés, s’installant chacun à un bout de la table lors d’une réunion à laquelle ils avaient été conviés à participer. Leur mésentente était tellement évidente qu’elle devint rapidement le sujet de conversation principal du personnel. Les plus anciens de la clinique se souvenaient que, de tout temps, ces deux-là avaient toujours été les meilleurs amis du monde, partageant tout, même leurs conquêtes, prenant immanquablement le parti de l'autre, se soutenant dans les coups durs, de véritables complices, quelles que soient les circonstances. Rien ni personne n’avait jamais réussi à entamer cette amitié sans failles. C’était ce qui rendait la situation d’autant plus intrigante.

    Pendant la tournée de ses patients, Mark avait eu beaucoup de mal à se concentrer sur les dossiers que ses collaborateurs lui avaient présentés. Il n’avait cessé de penser à Meredith, à l’état dans lequel elle devait être, aux questions qu’elle devait nécessairement se poser. Il était certain que, après tout ce qu’elle avait vécu, l’attitude de Derek n’avait pu que la fragiliser un peu plus et qu’elle devait vraisemblablement se remettre, elle, en question et, qui sait, se croire responsable de qui arrivait. Cela, il ne pouvait le tolérer. Après avoir pesé le pour et le contre, il décida d’aller voir Derek afin d'essayer de lui faire entendre raison, du moins en ce qui concernait la scène du matin. Il parcourut la clinique jusqu’à ce qu’il trouve son ami dans une salle d’examen, en train d’examiner les résultats d’un scanner. Il referma la porte derrière lui et entra directement dans le vif du sujet. Est-ce que tu as appelé Meredith ?

    Pour quoi faire ? demanda Derek avec agressivité, sans cesser de regarder ses clichés.

    Pour t’excuser, tiens ! éructa Mark. Quelle question !

    Si Derek avait espéré, en voyant son ami entrer, qu’il était venu tenter une réconciliation, il avait été déçu dès les premiers mots. Mais qu’en plus Mark ne soit venu que pour lui infliger encore une fois une de ses pseudos leçons de morale l’agaça prodigieusement. Qu'on veuille lui faire remarquer ses défauts et démontrer ses torts lui était insupportable. Mark le savait et le fait qu’il le fasse malgré tout, avec autant d'insistance, Derek le prit pour de la provocation pure et simple. M’excuser ? ricana-t-il en se tournant enfin vers son ami. Et de quoi donc ?  

    De quoi ? De ton petit numéro de ce matin ! s’exclama Mark, énervé par tant de mauvaise foi. Tu ne crois pas qu’après la peine que tu lui as infligée, c’est le moins que tu puisses faire ?

    La peine que je lui ai infligée ! répéta Derek sur un ton emphatique. Tout de suite les grands mots ! Ce n’était jamais qu’une banale dispute, Mark.


  • Commentaires

    1
    Nolcéline 97234
    Vendredi 11 Janvier à 20:23

    Bonsoir à tous, une banale dispute ben voyons !

    Vu comment c'est parti Mark n'a pas fini d'être en colère . Bon vendredi soir en ce 11 janvier 2019.

    Bon Week-end à tous.

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