• CHAPITRE 834

    Un bruit de portes qui claquent réveilla Meredith. Elle mit quelques secondes à réaliser qu'elle était dans sa chambre, ce qui l'étonna parce que dans son dernier souvenir, elle était au salon, veillant sur le sommeil de son ami Mark. Elle en déduisit qu'elle s'était endormie, elle aussi, et que Mark l’avait portée jusqu'à son lit avant de rentrer chez lui. Curieusement, elle se sentit un peu désappointée qu’il ne soit plus là. Elle aurait aimé poursuivre leur conversation. Outre le fait qu’elle avait eu l'impression que parler de sa grand-mère avait fait du bien à Mark, comme si évoquer tous les bons moments qu’il avait vécus avec elle la retenait encore un peu sur cette terre, elle appréciait énormément ces moments de complicité où il se confiait à elle. Compte tenu du goût qu'il avait habituellement pour le secret quand il s'agissait de sa vie privée, elle considérait ces rares confidences comme un réel privilège. Mais surtout – et vu le contexte, elle avait un peu honte de se l’avouer – en l’écoutant parler de son enfance, elle avait eu le sentiment de découvrir un peu celle de Derek. Bien sûr, ce n’était pas parce que les deux hommes étaient amis qu’ils avaient vécu les mêmes expériences, mais tout de même, ils avaient grandi ensemble et sur certains points, leurs caractères n’étaient pas si différents, de ce qu’elle pouvait en juger. Alors, de là à imaginer que leur enfance avait été similaire, il y avait un pas qu’elle franchissait allègrement. Pourquoi Derek était-il aussi secret sur tout ce qui le concernait ? Qu’avait-il vécu qui l’avait fait autant souffrir pour que, des années plus tard, il refuse encore d’en parler ? Des quelques rares confidences auxquelles il s’était laissé aller, Meredith en avait conclu qu’il avait vécu des moments difficiles au sein de sa famille. Un drame même probablement, qui l'avait probablement amené à couper tous les ponts avec les siens. Mais quel drame ? Qu’est-ce qui pouvait conduire un homme à prendre une telle décision et, surtout, à ne jamais la regretter ou la remettre en question ? Elle aurait tant aimé en savoir plus. Lui vint soudain l’idée que peut-être, si Derek se retrouvait dans la même situation que Mark, sur le point de perdre l’un des siens, il laisserait tomber sa garde et se confierait à elle. Elle rougit d’avoir eu une si vilaine pensée. Depuis quand souhaitait-elle le malheur des gens pour satisfaire sa curiosité ?

    Elle repoussa sa couette d’un geste brusque et s'assit au bord du lit. C’est alors qu’elle remarqua le bout de papier griffonné que Mark avait déposé sur la table de chevet. Au fur et à mesure qu'elle le lisait, ses lèvres s'étirèrent en un doux sourire. Mark, l’ami fidèle qui, malgré ses problèmes personnels, pensait à elle et ses petites angoisses somme toute assez futiles. Evidemment, sa relation avec Derek n’était pas parfaite mais aucune relation ne l’était. Elle pouvait déjà s'estimer heureuse de ne pas être seule. Elle relut le message de son ami et eut l’impression que ce dernier cherchait à lui faire passer un message. Il lui avait souvent répété qu’il se refusait à parler au nom de Derek. Mais tout de même, pour affirmer avec autant d'assurance que tout se passerait bien avec lui si elle savait attendre, c’est qu’il devait être au courant de certaines choses. Peut-être que Derek avait été plus franc avec Mark qu’avec elle. Elle plia soigneusement le papier et le glissa dans le tiroir de sa table de chevet avant de filer sous la douche où elle resta un long moment comme si l’eau qui coulait sur elle avait le pouvoir d’effacer ses doutes et ses peurs.

    Quand elle fut prête, elle descendit au salon où elle récupéra son téléphone. Elle vérifia immédiatement que Derek n'avait pas cherché à la joindre. Constater qu'il n'y avait aucun message, même pas un texto, angoissa la jeune fille. Se pouvait-il qu'il lui en veuille autant seulement parce qu'elle avait refusé de passer la soirée avec lui ? Va falloir qu'on discute sérieusement, mon coco ! se dit-elle en prenant le chemin de la cuisine où elle retrouva les filles attablées devant leur petit-déjeuner. Le souvenir des moqueries de la veille accentua sa mauvaise humeur et c'est du bout des lèvres qu'elle répondit au salut de ses camarades. Elle sirota son jus d'orange debout, adossée à une armoire, les yeux dans le vide. Le silence était tellement pesant que son estomac se noua à l’idée du voyage en voiture jusqu’à la boutique, qui s’annonçait tout aussi morose. Elle eut envie d'en finir au plus vite parce qu'une fois sur place, elle aurait de quoi s'occuper. Allez, on y va, lança-t-elle sur un ton péremptoire. On a du boulot qui nous attend.

    Cristina et Izzie échangèrent un regard étonné mais la suivirent sans rechigner. Elle a l'air de mauvais poil, chuchota Izzie à sa complice. A mon avis, elle s'est disputée avec Derek.

    Ou avec l'autre, objecta Cristina. C’est que madame se partage maintenant.

    Izzie pouffa de rire. T'es bête ! En tout cas, elle tire une de ces tronches !

    Tant qu’elle ne m’emmerde pas, ni ses toutous non plus, je m’en moque totalement, déclara Cristina en prenant les clés de voiture qui gisaient sur le guéridon du hall.

    Alors, tes études, ça avance ? lança Izzie à l'intention de Meredith qui les attendait déjà à côté de la vieille Ford.

    Ça va, répondit simplement la jeune fille. Elle s'installa sur la banquette arrière en espérant s'y faire oublier jusqu'à ce qu'elles arrivent à destination. Cependant, elle ne put s'empêcher de faire une remarque lorsque Cristina, en manœuvrant pour sortir de son emplacement, percuta légèrement l'arrière de la voiture qui était garée devant la leur. Hé ! Fais attention ! N'oublie pas que c'est la voiture de ma tante, lança-t-elle sur un ton acerbe. En réalité, elle ne s'inquiétait nullement pour l'état du véhicule d'autant que la faiblesse du choc n'avait pas pu causer de grands dégâts. Elle était simplement contente d'avoir une occasion de faire la leçon à Cristina qui ne manquait jamais de la rabaisser quand elle le pouvait.

    Cristina se retourna vivement vers elle. Si t'es pas contente, t'as qu'à conduire toi-même. Elle se frappa la tempe avec le plat de sa main. Ah mais que je suis bête ! C'est pas possible parce que tu ne sais pas conduire. Ça veut aller à l'université et ça n'a même pas été foutue de passer son permis, marmonna-t-elle en faisant marche arrière.

    Effectivement, Meredith n'avait jamais appris à conduire, bien que son grand-père lui ait proposé d’être son moniteur le jour même de ses seize ans. Son manque de confiance en elle et sa peur de l'échec l'avaient amenée à repousser cette offre et toutes celles qui avaient suivi pendant presque cinq ans, déclenchant à chaque fois des disputes homériques entre elle et son aïeul. Oh mais ne t'en fais pas, ça fait partie de mes projets, très bientôt même, répliqua-t-elle sans réfléchir, juste pour le plaisir de damner le pion à sa camarade, avant de réaliser que maintenant, elle allait devoir tenir sa promesse sous peine de passer encore une fois pour une dégonflée.


  • Commentaires

    1
    Nolcéline 97234
    Mardi 1er Janvier à 20:27

    Bonsoir à tous, 

    Réviser pour le S.A.T et apprendre à  conduire elle va devoir ordonner ses priorités mais elle y arrivera j'en suis certaine yes.

    Bon premier soir de l'an à tous.

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