• CHAPITRE 833

    Mais si, bien sûr, assura Meredith. Au fond de ton cœur, tu es toujours Mark, le petit garçon qui se cachait dans les placards pour ne plus entendre ses parents crier. Mais tu n'es pas que ça. Tu es un chirurgien super doué, et aussi le meilleur ami qu'on puisse avoir. Que ta grand-mère soit là ou pas ne changera rien à la personne que tu es au fond de toi. C'est juste que tu ne la montres pas à beaucoup de personnes.

    Mark sourit tristement. Tu as sans doute raison. Je déteste parler de moi, habituellement. Remuer toutes ces vieilles histoires… Il fit une brève grimace. Mais avec toi, j’en avais envie. C’est venu naturellement et ça m’a fait du bien. Il se pencha vers Meredith et plongea le nez dans ses cheveux blonds, humant leur parfum de lavande, avant de se remettre à les enrouler autour de ses doigts. De jouer avec eux avait sur lui un effet apaisant. Il renversa la tête en arrière et ferma les yeux. Tu crois que si on reste là, comme ça, sans bouger, le temps peut s’arrêter ? lui demanda-t-il soudain, d’une voix lasse. S’ils y arrivaient, il pourrait rester là, avec elle, et il n’arriverait rien à sa chère grand-mère.

    Meredith sourit de sa candeur qui contrastait tellement avec l’image qu'il donnait de de lui. On peut toujours essayer, chuchota-t-elle en se lovant contre lui. Elle sentit la main de Mark cesser progressivement de lui caresser les cheveux et son bras qui s’alourdissait. Quand elle leva les yeux vers lui, elle le vit qui dormait, la tête posée contre le dossier du canapé. Attendrie, elle le contempla quelques instants avant de se lever tout doucement pour aller chercher une couverture qu’elle revint poser sur lui. Elle n’avait pas le cœur à le réveiller pour le renvoyer chez lui. Elle se rassit à côté de lui et lui reprit la main. Quelle soirée pourrie ! se dit-elle. Cristina qui s’était moquée de ses ambitions, Derek qui s’était inscrit aux abonnés absents, Mark l’ami fidèle qui venait de recevoir un coup de massue… Elle finit par s’endormir en pensant que, oui, décidément, les choses n’étaient jamais ce qu’on voulait qu’elles soient.

    Lorsque Mark se réveilla quelques heures plus tard, il faisait nuit noire. Le corps endolori, il ouvrit lentement les yeux et ses lèvres s’étirèrent en un tendre sourire lorsqu’il réalisa que Meredith dormait à ses côtés, la tête au creux de son bras. Tout lui revint en mémoire d’un coup : le coup de fil de la jeune fille, leur conversation sur ses études qui avait très rapidement débouché sur ses problèmes avec Derek, la vieille tante qui était venue hurler dans le couloir, Frances et ses mauvaises nouvelles… Mark eut la gorge serrée à la pensée de sa grand-mère qui menait son dernier combat contre la mort, attendant de le revoir pour rendre les armes. Lors de sa dernière conversation avec elle, il avait bien senti que la vieille dame était lasse de la vie et que seule l’idée de le laisser la retenait encore. Bien sûr, il savait que cette fin était inéluctable mais il aurait aimé pouvoir la reculer. Etre chirurgien de classe mondiale et ne rien pouvoir faire pour sauver la seule personne de sa famille qui comptait encore pour lui, quelle ironie ! Sentant les larmes lui monter aux yeux, il s’absorba dans la contemplation de la jeune fille qui dormait toujours profondément. Finalement, c’était une chance qu’il ait reçu ce terrible appel ici, quand il était avec elle. Cette douleur qu’il avait ressentie, il n’aurait voulu la partager avec personne d’autre, même pas Derek qui, pourtant, avait toujours été l'unique confident de ses faiblesses. Et lui, l’homme tellement orgueilleux, tellement fier de prétendre qu’il n’éprouvait aucun sentiment, ne regrettait pas une seconde de s’être laissé aller à pleurer devant cette fille. Il aurait aimé rester là, avec elle, jusqu’à la fin de la nuit, mais ce n’était pas possible. Il fallait qu’il quitte cette maison rapidement, avant le retour des deux autres locataires. Inutile d’alimenter leurs commérages. Prenant garde de ne pas bousculer Meredith, il dégagea son bras de dessous sa tête. Une fois debout, il grimaça. Sa tête était en train de lui rappeler que tequila et whisky ne faisaient pas bon ménage. Il se pencha et, après avoir soigneusement enveloppé son amie dans la couverture pour qu’elle ne prenne pas froid, il la souleva délicatement, avec précaution, la prenant contre lui pour que sa tête repose contre son torse. Il sortit de la pièce et emprunta lentement les escaliers qui menaient à l’étage, faisant attention à ne pas faire de mouvements brusques. Par chance, la porte de la chambre de Meredith n’était pas totalement fermée. Il n’eut qu’à la pousser légèrement du pied pour qu’elle s’ouvre. Il déposa son amie sur le lit, en soutenant sa tête jusqu’à ce qu’elle repose sur l’oreiller, dégageant ses cheveux vers l’arrière, avant de remonter la couette sur elle en la passant un peu sous ses bras pour qu’elle ne bouge pas, et finalement s’asseoir au bord du lit pour s’offrir l’infime plaisir de la regarder dormir. Il s’était toujours cru à l’abri de tout sentiment amoureux mais elle était arrivée et maintenant, il n’avait plus d’autre certitude que son amour pour elle. Mais elle en aimait un autre, il ne pouvait plus en douter. Alors, elle ne saurait jamais rien de ce qu’il éprouvait pour elle. Il resterait son ami dévoué. Après quelques minutes d’une fervente contemplation, il redescendit au rez-de-chaussée pour trouver de quoi écrire. Après avoir pris un stylo dans la poche de sa veste et un morceau de papier qui traînait sur la table, il s’assit et, l’oreille tendue pour écouter les bruits extérieurs, commença à rédiger. Mer, je te remercie d’avoir été là pour moi, ce soir. Je n’ai pas l’habitude de jouer les chochottes et pour une fois que ça m’arrive, il faut que ce soit avec toi. Pour Derek, ne t’en fais pas. Il n’est pas très fort pour exprimer ses sentiments, ça ne signifie pas qu’il n’en éprouve pas. Il faut juste que tu lui laisses un peu de temps. Sois patiente et ça se passera bien, je te le promets. Et puis, n’oublie pas, je serai toujours là pour toi. Je t’embrasse, ma Mer. A tout à l'heure. Il remonta à la hâte et pénétra une fois encore dans la chambre, s’avançant vers le lit où la jeune fille n’avait pas bougé d’un pouce. Après l’avoir encore regardée un moment, le cœur gonflé d’une tendresse infinie, il déposa son message sur la table de chevet et se pencha pour poser un baiser sur le front de Meredith. Au rez-de-chaussée, il repassa par le living pour réveiller le chien et reprendre les plats chinois auxquels ils n’avaient même pas touché. C’est le cœur lourd qu’il quitta la maison, suivi par Murphy qui remuait frénétiquement la queue.


  • Commentaires

    1
    Nolcéline 97234
    Mardi 1er Janvier à 18:53

    Bonsoir à tous , avec ce qui  vient de se passer avec Derek ça va être compliqué . Si seulement Mark savait … . Bonne soirée de mardi 01 janvier 2019 à tous.

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