• Une heure et quelques verres plus tard, Derek poussait la porte de la chambre 1714 et s’effaçait pour laisser entrer Rose. Ici, nous serons plus à notre aise… pour faire connaissance, dit-il pour la rassurer. Il retira sa veste qu’il jeta sur le premier fauteuil à sa portée. Il s’assit sur le bord du lit et tapota l’édredon à côté de lui, pour inviter la jeune femme à le rejoindre. N’aie pas peur. Je ne vais pas te manger.

    Mal à l’aise, Rose vint s’asseoir à ses côtés. Derek tenta de mettre un soupçon de tendresse dans le sourire qu’il lui adressa. Il lui passa la main dans les cheveux pour ensuite glisser dans son cou, ce qui lui permit de l’attirer vers lui. Il l’embrassa, insinuant directement sa langue entre ses lèvres. Dans le même temps, il se mit à déboutonner son chemisier. Elle l’arrêta aussitôt. Derek… je dois te dire. Je ne couche jamais au premier rendez-vous. 

    Cette conne commence à me gonfler avec son premier rendez-vous, pensa Derek. Il se laissa aller en arrière pour s’allonger sur le lit et mit sa main devant ses yeux. Alors, toi aussi, tu me rejettes ! 

    Mais non, protesta Rose avec une voix aigue. Pourquoi tu dis ça ? 

    Derek prit une intonation mélodramatique. Oh ! Ne te fatigue pas. J’ai compris. Je ne te plais pas, je le vois bien. De toute façon, j’ai l’habitude. Personne ne veut de moi. Il tourna la tête sur le côté, comme s’il voulait dissimuler son émotion. 

    Rose s’agenouilla sur le lit, à côté du chirurgien, et prit le visage de ce dernier entre ses mains, pour l’obliger à la regarder. Qu’est-ce que tu racontes ? Tu me plais beaucoup. Et à la clinique, toutes les filles rêvent de sortir avec toi. 

    Derek ricana tristement. Ah oui ? Alors pourquoi je me retrouve seul tous les soirs ? Je te plais mais tu ne veux pas de moi ! Tu me repousses, accusa-t-il sur un ton douloureux. Je n’avais pas besoin de ça… surtout après ce que j’ai vécu aujourd’hui… Tout ce stress. Il lui lança un regard désespéré. J’ai eu si peur pour ces petites filles… J’ai juste besoin de tendresse. Il eut du mal à retenir un sourire quand elle effleura son sexe à travers son pantalon.

    Je ne couche pas, murmura Rose. Mais si tu veux, je peux… je peux m’occuper de toi.

    Pour toute réponse, Derek prit la main de la jeune femme et la posa sur son entrejambe Ce sera toujours mieux que rien, se dit-il. Quand Rose eut ouvert sa braguette, il souleva ses fesses et abaissa son pantalon à mi-cuisses. Délicatement, presque timidement, Rose saisit la verge déjà en érection et commença à la masturber lentement. J’ai envie de sentir tes lèvres, chuchota Derek. La jeune femme ferma les yeux et posa ses lèvres sur le gland turgescent. Elle le lécha rapidement. Montre-moi que tu es la meilleure, gémit le chirurgien. Sa main enserrant le pénis dans un lent va-et-vient, Rose avala le membre tendu. Ses lèvres accompagnèrent ses doigts, avançant et reculant au même rythme. De son autre main, elle alla chercher les testicules pour les malaxer tendrement. Petit à petit, ses lèvres se resserrèrent autour de la verge, l’aspirant de plus en plus profondément, le retirant parfois pour lécher le gland et en titiller le méat. Derek se retira. Attends, je veux te voir. Il s’assit sur le bord du lit, obligeant Rose à se mettre à genoux devant lui. Vas-y… Suce-moi… Suce-moi fort pour que je m’en souvienne toujours. Elle reprit aussitôt son sexe en bouche, l’avalant aussi loin que possible. Elle se prit au jeu et accéléra la cadence. Elle leva vers son compagnon un regard interrogateur. Il lui sourit. C’est très bien, continue, ne t’arrête surtout pas. Il appuya sur sa tête pour qu’elle l’abaisse. Mark a raison, pensa-t-il avec amusement. Elle fait peur ! Il réprima un rire en se rappelant la comparaison que son ami avait faite avec Kermit la grenouille. Il ferma ses yeux et tenta de faire abstraction de tout, même d’elle, pour ne se concentrer que sur le mouvement des lèvres et des mains sur son sexe. Il ne put s’empêcher de penser qu’elle n’était pas très douée, le rythme et le mouvement restant toujours les mêmes. On ne va pas y passer la nuit, se dit-il. Putain, j’ai trente-cinq ans, pas quinze. Qu’est-ce qu’elle croit, elle ? Il saisit la tête de la jeune femme entre ses mains et fit bouger son bassin pour faire buter son gland au fond de sa gorge.

    Rose s’écarta prestement. Derek… je ne veux pas… je ne vais pas jusqu’au bout.

    Derek soupira. Décidément, cette soirée était pourrie. Ben, termine-moi à la main, alors. Elle empoigna son membre et l’agita vigoureusement jusqu’à ce qu’il éjacule dans sa main. Merci, lui dit-il après en déposant un baiser sur son front.

    C’était bien ? Tu as aimé ? demanda Rose, inquiète.

    C’était super, répondit Derek sans conviction aucune. Il se leva et remonta son jean. 

    Je reviens, dit Rose en lui montrant la porte de la salle de bains.

    Je t’en prie. Prends tout ton temps. Elle n’avait pas encore refermé la porte de la salle de bains derrière elle que Derek saisissait sa veste et qu’il sortait de la chambre sans faire de bruit. Il eut néanmoins l’élégance de passer à la réception pour régler la note de la chambre. 


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  • La sonnerie stridente du réveille-matin résonna dans la petite chambre. Meredith Grey s’éveilla en sursaut, avec l’impression qu’elle venait juste de s’endormir. Elle soupira en voyant qu’il était 7h30. Elle n’avait quasiment pas fermé l’œil de la nuit, trop occupée à réfléchir à la décision qu’elle avait prise et qui était très certainement la plus importante de sa jeune vie. Pour autant, était-ce la bonne ? Avait-elle raison de laisser derrière elle ce qui avait été sa vie durant ses vingt premières années ? Ici, à Crestwood, elle avait sa famille, ses amis, ses habitudes. Bien sûr, la vie n’y était pas très excitante mais au moins, elle s’y sentait en sécurité. Cependant, malgré sa grande inexpérience dans à peu près tous les domaines, elle savait déjà qu’une vie ne pouvait être vécue pleinement si on ne prenait jamais de risques. C’est pour cette raison qu’elle avait décidé de prendre son envol.

    Rêveuse, elle sourit en pensant à cette soirée où elle avait retrouvé ses amis les plus fidèles au Sloopy Joe, le bar qui était le point de ralliement de la jeunesse locale. Elle n’avait eu aucun mal à repérer ses comparses dans la salle, à cause du bruit qu’ils faisaient en discutant. Le pas légèrement traînant, elle s’était approchée d’eux. Salut !

    Izzie Stevens, une superbe blonde que tous les garçons du coin rêvaient de mettre dans leur lit, avait aussitôt levé la tête. Tu n’as jamais pensé à quitter ce trou ? A aller voir ailleurs ? A changer de vie ? lui avait-elle demandé sans même répondre à son salut.

    Meredith s’était assise sur la banquette en plastique rouge, en levant les yeux au ciel. Régulièrement, son amie ressortait son couplet sur la vie fantastique qui les attendait sûrement ailleurs, loin de cet endroit paumé du fin fond du Kentucky. Meredith s’était tournée vers une jeune fille brune, de type asiatique. Ça y est ! Elle recommence !

    Non ! Là, c’est pire ! Elle a un plan ! avait lâché la fille en question, Cristina Yang. Des trois filles, c’était de loin la plus cassante, la plus respectée aussi. En effet, elle bénéficiait d’un certain prestige auprès de ses camarades car elle était la seule du groupe à avoir quitté Crestwood pour aller vivre à la grande ville. Un an plus tôt, elle avait suivi son petit ami qui avait trouvé un emploi de mécanicien dans un garage de Louisville. Elle en était revenue trois mois plus tard, après avoir surpris son petit ami dans les bras de leur voisine de palier.

    Izzie, légèrement agacée, s’était tournée vers elle. Oh toi, ça va ! Moi au moins, je cherche à m’en sortir. Sois honnête, Cristina ! Quel est notre avenir ici ? C’est simple, on n’en a pas ! Et j’en ai marre de gâcher ma jeunesse dans ce trou !

    Le seul garçon de la tablée avait pris la parole. On peut réussir sa vie ici aussi, Izzie !

    La jeune femme l’avait aussitôt rembarré. George, tu es mon cousin et je t’aime bien mais tu devrais arrêter de dire des conneries ! A part être élue meilleure serveuse de Crestwood, perspective extrêmement excitante, je te l’accorde, avait-elle ironisé, je n’ai aucun avenir ici. Et tu le sais ! Tu crois que je vais passer toute ma vie à servir des hamburgers aux pouilleux qui traînent par ici ?

    George O’Malley s’était renfrogné. Tu exagères ! Ce ne sont pas tous des pouilleux !

    Izzie avait pris un air supérieur. Ah oui ? Eh bien, donne-moi le nom d’un seul gars d’ici qui n’aspire pas seulement à élever ses vaches. Alors, tu trouves ? avait-elle demandé sans même laisser le temps à son cousin de réfléchir. Non ? Tu vois, j’ai raison ! Moi, je veux vivre autre chose !

    Ne rêve pas, ma fille ! l’avait mise en garde Cristina. Où veux-tu aller ? Et pour faire quoi ? La seule chose que tu peux écrire sur ton CV, c’est que tu es la reine du hamburger frites. Alors que moi…

    Izzie n’avait même pas pris la peine de répondre. Parce que, lors de son bref séjour à Louisville, Cristina s’était vaguement occupée de la comptabilité de la petite épicerie italienne qui était au bas de son immeuble, elle avait la fâcheuse tendance à se considérer comme l’intellectuelle de la bande. Izzie s’était tournée vers Meredith. Et toi, Mer ? Tu ne dis rien ? Tu n’as pas envie de fuir Crestwood ? Tu n’as pas de rêves ?

    Si, bien sûr, comme tout le monde, avait répondu Meredith d’une voix douce. Bien sûr, qu’elle avait des rêves ! Elle en avait des tas mais il y en avait un plus particulièrement qu’elle voulait exaucer, aller à l’université et décrocher le diplôme qui lui permettrait d’exercer le métier qui lui tenait à cœur. Mais les études universitaires étaient hors de prix et dans sa situation, c’était inenvisageable. Evidemment, elle aurait pu faire un prêt bancaire, comme le faisaient presque tous les jeunes de ce pays. Mais commencer sa vie en contractant des milliers de dollars de dettes lui faisait peur. Que se passerait-il si elle échouait ?

    Et c’est quoi ? avait insisté Izzie.

    George avait envoyé un coup de pied à sa cousine. Laisse-la tranquille ! avait-il ordonné. Tu ne vois pas qu’elle n’a pas envie d’en parler ? Et peut-être bien qu’elle n’a pas envie de partir, elle ! 

    Cristina l’avait regardé avec un air moqueur. Ah ouais ? Et pourquoi elle aurait envie de rester ? A cause de toi peut-être ? Le jeune homme avait rougi violemment tandis que Cristina et Izzie s’étaient esclaffées. Seule Meredith n’avait pas réagi. De tous les habitants de Crestwood, elle était sans doute la seule à ne pas savoir que le jeune homme était amoureux d’elle.


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  • Meredith avait remercié George d’un doux sourire. Laisse, ce n’est pas grave. Elle s’était ensuite tournée vers Izzie. Tu as raison, il y a une chose dont j’ai envie depuis longtemps, un but que je me suis fixé il y a longtemps. Elle n’en avait pas dit plus. Elle n’avait encore jamais parlé de son projet à personne, de crainte qu’on ne se moque d’elle. Et de cette façon, si jamais elle échouait, elle ne décevrait personne d’autre qu’elle-même. Izzie, on a toutes des désirs, des espoirs, avait-elle ajouté en repoussant une mèche de cheveux qui lui barrait le front. Mais il faut aussi tenir compte de la réalité et se dire qu’on ne peut pas réaliser tous ses rêves.

    On peut si on s’en donne les moyens, avait affirmé Izzie. Demande donc à Cristina ! 

    Tous les regards avaient convergé vers la jeune femme qui avait pris un air suffisant. Je ne rêve pas, moi ! Je laisse ça aux peureux. Je sais ce que je veux et surtout, je sais ce que je dois faire pour l’avoir. 

    Mais moi aussi, je le sais ! avait répliqué Izzie. 

    Cristina avait ricané. Depuis quand ? T’as lu ça dans les cartes ou bien la Sainte Vierge t’est apparue cette nuit ?

    Izzie avait haussé les épaules. Pense ce que tu veux, je m’en moque ! Tout ce que je sais, c’est que moi, la reine du hamburger frites, j’ai trouvé le moyen de partir d’ici. Elle avait regardé ses camarades l’un après l’autre avec un air malicieux. Et encore plus fort, j’ai trouvé le moyen de vous emmener avec moi.

    Cristina avait pris Meredith et George à témoin. Vous voyez ce qui se passe quand on prend des substances illicites ? 

    Tu es très forte pour te moquer des autres, Cristina, mais tu ne pourrais pas être plus constructive pour une fois ? avait riposté Izzie.

    Comme d’habitude quand les choses menaçaient de dégénérer, Meredith était intervenue. Du calme, les filles ! Izzie, explique-nous. On t’écoute et promis, on ne se moquera pas, n’est-ce pas, Cristina ? avait-elle insisté en faisant les gros yeux en direction de l’intéressée. Celle-ci n’avait pas répondu et avait plongé le nez dans son soda.

    Izzie, les mains tremblantes, avait sorti de son sac une page de journal toute écornée et l’avait étalée sur la page. Curieux, George et Meredith avaient tendu le cou. Le jeune homme avait alors haussé un sourcil. Mais c’est la page des petites annonces ! avait-il fait remarquer, surpris. Cristina s’était mise à rire avant de s’arrêter sous la pression du regard sévère de Meredith. 

    Izzie avait posé l’index sur une annonce entourée de rouge. Voilà, c’est ça ! 

    Sans tourner la feuille vers lui, George avait ânonné les quelques lignes de l’annonce au fur et à mesure qu’il les lisait. Marina… Boulevard… magasin… 90 m²… belle… vitrine… deux… pièces… à… l’arrière… cuisine… et… toilettes… libre… immédiatement. Sa tête ainsi que celles de Meredith et Cristina s’étaient relevées simultanément vers Izzie. C’est une annonce pour un commerce ? avait demandé George, incrédule.

    Izzie avait légèrement rosi. Euh… oui.

    Tu veux ouvrir une quincaillerie ? s’était écrié George. Mais il y a déjà celle du vieux Dick, sur la troisième ! Il est un peu vieux mais tu trouves tout chez lui !

    Agacée, Izzie l’avait vertement rabroué. Qui te parle d’ouvrir une quincaillerie ? T’es vraiment con quand tu t’y mets !

    Pendant qu’Izzie et son cousin se chamaillaient, Meredith avait rapidement parcouru la petite annonce. Craignant d’avoir mal compris, elle l’avait relu trois fois avant de s’adresser à Izzie. Mais ton magasin, il est à San Francisco.

    Je sais, avait simplement répondu Izzie. Intéressée autant que surprise, Cristina s’était redressée sur sa chaise.

    Les yeux de George avaient roulé des yeux comme des billes. Sss... San… Fr… Fran… cisco, avait bafouillé le jeune homme. Mais… sss… c’est… à… l’autre… l’autre bout du pays, ça, avait-il enfin réussi à dire.

    La ferme, Goofy ! avait ordonné Cristina. Laisse-la parler ! Vas-y, Izzie. Explique-nous ton plan.

    Enchantée d’avoir su éveiller l’intérêt de ses amis, Izzie avait pris une grande inspiration. Je veux ouvrir une boutique de douceurs, leur avait-elle annoncé.

    George avait froncé les sourcils. Une boutique de douceurs ? C’est quoi, ce machin ? Un institut de beauté ? Son intervention lui avait valu une petite tape sur la tête de la part de Cristina.

    Izzie avait pouffé de rire. Mais non, banane ! Moi, je te parle de douceurs sucrées, des pâtisseries, du chocolat, le tout fait maison. Et on les vendra là ! Izzie avait pointé son index sur la petite annonce. 


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  • Le tout fait maison ? Mais tu n’y connais rien, avait fait remarquer George. 

    Ah ouais ! Je n’y connais peut-être rien mais ça ne t’empêche pas de te goinfrer avec mes cookies et mes muffins, quand j’en fais, avait répliqué Izzie.

    Bon, okay, tu te débrouilles aux fourneaux, avait concédé Cristina. Mais ta boutique, tu comptes la payer avec quoi ? Tu n’as pas un rond et nous non plus d’ailleurs.  

    Faux ! J’ai de l’argent, lui avait appris Izzie. Vous vous souvenez, l’année dernière, quand j’ai défilé pour ce magasin de lingerie à Louisville ? Eh bien, ça m’a rapporté pas mal d’argent. 

    Pas mal mais pas assez pour louer ce truc là, avait objecté Cristina en désignant la page du journal. Et quand bien même, le magasin, c’est une chose mais tu comptes habiter où ? Sous le Golden Gate, avec les sans-abri ? 

    Je n’y ai pas encore réfléchi, avait avoué Izzie. 

    C’est bien ce que je pensais ! avait clamé Cristina, heureuse d’avoir eu raison une fois de plus.

    Mais c’est pour ça que j’ai besoin de vous, avait couiné Izzie. Je sais bien que je n’y arriverai pas toute seule. On a toujours tout fait ensemble et ça, c’est une aventure que je n’imagine pas vivre sans vous.

    Cristina avait avalé une gorgée de son soda avant de faire claquer sa langue contre son palais. Tu me vois vraiment en cuisine? Tu rêves, ma pauvre fille ! Elle avait jeté ses yeux au ciel.

    Izzie avait secoué la tête en souriant. Non, la cuisinière, c’est moi. Mais pour tout le reste, les commandes, la gestion des stocks, la comptabilité… Tu t’es déjà occupée de tout ça quand tu travaillais pour l’épicerie. Tu sais ce qu’il faut faire. Elle se tourna vers Meredith. Et toi, tu pourrais t’occuper du service. Je sais, c’est pas très glorieux, mais tu pourrais gagner plus d’argent qu’avec le babysitting. Et puis, c’est San Francisco, Mer ! Tu te rends compte ? Tu ne peux pas ne pas venir avec nous. Et là-bas, qui sait, tu trouveras peut-être le moyen de réaliser certains de tes rêves. Meredith avait souri. 

    Et moi ? avait lancé George, scandalisé de ne pas avoir été repris dans la liste des personnes indispensables à la réussite de l’entreprise. Je compte pour du beurre ?

    Arrête de geindre, Goofy, avait commandé Cristina. Si on part là-bas, tu viendras avec nous. On aura besoin de quelqu’un pour porter nos bagages ! Elle avait ignoré le regard furibond que lui avait lancé le jeune homme. Bon, passons aux choses sérieuses, avait-elle lancé à l’intention d’Izzie. Imaginons que tu aies assez d’argent pour louer ce magasin. Mais après ? Tu vas certainement devoir rénover l’endroit. Après, il faudra le décorer pour que les gens aient envie de venir y manger tes fameuses douceurs. Tu as pensé à ce que cela va coûter, sans parler de l’équipement et des fournitures ? Et comme je l’ai dit, le plus dur sera de trouver un logement. Si on décide de t’accompagner, ça veut dire une maison avec quatre chambres. Tu as une idée du prix des loyers à San Francisco ?

    La lèvre inférieure d’Izzie s’était mise à trembler. C’est foutu, quoi, avait gémi la jeune femme.

    En temps normal, Meredith aurait donné raison à Cristina et elle aurait tenté, elle aussi, de dissuader Izzie. Mais là, allez savoir pourquoi… Pour le logement, j’ai peut-être une solution, avait-elle annoncé d’une voix mal assurée. Je pourrais demander à ma tante de nous accueillir.

    Izzie avait serré la main de son amie. Oh Mer, ce serait génial, ça !

    Cristina avait considéré Meredith avec autant d’intérêt que d’étonnement. Tu as une tante à San Francisco, toi ?

    Oui, c’est la sœur de mon père, avait expliqué Meredith. Elle est malade. Il y a longtemps que je l’ai vue. Je pourrais demander à ma mère de voir avec elle s’il n’y a pas moyen de nous loger, du moins dans les premiers temps.

    Ça évidemment, ça pourrait changer la donne, reconnut Cristina. Bon, parlons un peu du reste.

    Les filles avaient passé une bonne partie de la nuit à parler de ce nouveau projet. Elles avaient commencé par dresser la liste de tout ce qu’elles auraient à faire, de tous les renseignements qu’elles devraient obtenir et de toutes les démarches qu’elles devraient entamer avant de partir. Elles avaient griffonné des plans sur toute la bordure de la page du journal, en imaginant quelle serait la décoration de la boutique. Mais surtout, elles s’étaient posé mille et une questions sur ce que serait leur vie à San Francisco, si loin de ce qu’elles avaient toujours connu. Meredith, qui était d’un naturel assez raisonnable, avait laissé l’excitation l’envahir peu à peu et elle s’était surprise à rêver que l’université n’était plus forcément une chimère.

    Bien qu’il ne soit pas arrivé à partager le même enthousiasme que ses amies, car ce projet lui paraissait être une vraie folie, George s’était rallié à elles. Je viens avec vous, les filles ! Vous allez avoir besoin d’un homme pour vous protéger ! avait-il certifié en faisant semblant de ne pas entendre le rire tonitruant de Cristina. 


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  • A partir de là, tout s’était enchaîné très vite. Le plus dur pour Meredith avait été de convaincre sa mère de la laisser partir à l’autre bout du pays. Au début, Anne Grey n’avait pas pris le projet au sérieux, le considérant comme une lubie d’adolescentes rêveuses en mal d’aventures. Mais en constatant que ni sa fille, ni les amies de cette dernière, ne renonçaient, elle avait commencé à paniquer. Bien sûr, Anne était consciente que l’avenir de Meredith n’était pas à Crestwood. La jeune fille était trop brillante que pour végéter dans cette petite ville où l’agriculture constituait la principale activité. Mais San Francisco ! Pourtant, en voyant que Meredith s’entêtait, Anna avait fini par s’incliner, se raccrochant à l’idée rassurante que George ferait partie de l’expédition. Un brave garçon que ce petit George, gentil, attentionné, courageux, les pieds sur terre… Anne espérait que sa fille finirait par réaliser que ce garçon était fou d’elle. Il ferait un très bon mari.

    Autre perspective rassurante pour Anne, c’était que Meredith envisage d’habiter chez sa tante. Anne avait donc appelé sa belle-sœur, Ellis, pour lui demander si elle voulait bien héberger sa nièce et les amis de celle-ci. Ellis avait immédiatement accepté à condition que les jeunes gens assument leur part de travaux ménagers, bien sûr, mais aussi qu’ils s’arrangent pour qu’elle ne soit jamais seule de 20h à 8h. Un an plus tôt, on lui avait diagnostiqué la maladie d’Alzheimer et si, pour l’instant, celle-ci ne se faisait pas trop sentir, il était inéluctable que les symptômes s’aggraveraient avec le temps. Jusqu’à présent, deux dames s’étaient relayées pour s’occuper d’elle mais l’une d’elles venait de quitter son service pour des raisons familiales. L’arrivée des quatre amis était donc une aubaine pour Ellis. Informés de ce qu’elle attendait d’eux, Meredith et ses camarades s’étaient empressés d’accepter le marché, sans vraiment avoir réfléchi aux contraintes que cela risquait d’impliquer. Anne non plus d’ailleurs. La seule chose à laquelle elle avait pensé, c’est à quel point ce serait tranquillisant pour elle de savoir Meredith chez un membre de la famille, sans compter qu’elle pourrait avoir très régulièrement de ses nouvelles sans même l’importuner. 

    Peu de temps après cet appel téléphonique décisif, Anne Grey avait rejoint sa fille, alors que celle-ci était dans sa chambre, en train d’écouter de la musique. Anne s’était assise sur le lit. Tu sais, ta grand-tante Harriet, elle t’aimait beaucoup. Meredith avait regardé sa mère avec étonnement, ne comprenant pas où elle voulait en venir en lui parlant de cette vieille dame qui était décédée six mois plus tôt. Juste avant de mourir, elle m’a remis quelque chose, avait poursuivi Anne. Quelque chose qu’elle voulait que tu reçoives pour tes vingt et un ans. Il s’agit d’une somme d’argent, oh pas une fortune, s’était-elle empressée de préciser en voyant la mine réjouie de Meredith. Mais il y en a assez pour que tu puisses tirer ton plan à San Francisco, sans dépendre de personne. Meredith avait halluciné en découvrant le montant de son héritage. Non seulement elle avait maintenant de quoi survivre dans la grande ville, mais aussi elle pouvait investir dans la future entreprise d’Izzie. Si celle-ci rencontrait le succès escompté, elle rapporterait peut-être assez d’argent pour qu’un jour, Meredith puisse aller à l’université. 

    Et voilà que le jour du départ était arrivé ! Il était 7h30 et une nouvelle vie pleine de promesses s’ouvrait à Meredith. Elle allait enfin quitter son Kentucky natal et partir à la conquête de San Francisco où elle aurait plus de chance, du moins elle l’espérait, de réaliser ses rêves. Avec un entrain inattendu après seulement trois heures de sommeil, elle sauta en bas de son lit et se rua sous la douche. Une demi-heure plus tard, elle était fin prête. Comme à son habitude, elle avait ramassé ses cheveux blonds, qu’elle avait longs, en une austère queue de cheval, et elle avait revêtu un jean et un sweat-shirt difformes qui ne mettaient guère en valeur sa fine silhouette. Mais elle s’en moquait. Elle ne faisait pas partie de ces filles qui soignent leur apparence. Elle était convaincue que, de toute façon, il n’y avait rien à mettre en avant chez elle. Quand on n’avait pas la chance d’être jolie, il valait mieux passer inaperçue. 

    Elle descendit à la cuisine où sa mère se trouvait déjà. Elles burent une tasse de café dans le silence le plus complet, parce qu’elles savaient que le moindre mot risquait de déclencher des torrents de larmes. Quand la sonnette de la porte d’entrée retentit, elles se regardèrent avec des yeux humides. C’est l’heure, maman, murmura Meredith d’une voix légèrement étranglée. 

    Je sais. Anne prit sa fille dans ses bras et la garda quelques secondes contre elle. Ecoute-moi bien, s’il se passe quoi que ce soit, si tu ne te plais bas là-bas, si tu te rends compte que tu as fait une erreur, tu prends le premier avion et tu rentres. Il n’y a pas de honte à renoncer à quelque chose qui ne te convient pas. Le principal, ce sera d’avoir essayé. Meredith approuva d’un signe de tête. Et surtout, surtout, tu fais attention à toi, recommanda Anne. Dans les grandes villes, les gens ne sont pas comme ici, et toi, tu es si confiante et si naïve. Je ne veux pas qu’on te fasse du mal. Elle essuya furtivement une larme qui coulait sur sa joue. Allez, va ouvrir à tes amis, sinon, on va se mettre à pleurer comme deux madeleines. 

    Meredith s’arracha à l’étreinte maternelle et sortit sur le seuil de sa maison. Elle aperçut Izzie, toute pimpante dans un joli tailleur pantalon crème, debout à côté de la camionnette, un énorme sac à la main. J’ai préparé de quoi manger dans l’avion, cria la jolie blonde à l’intention de son amie. J’ai lu dans un magazine que ce qu’ils proposaient était dégueulasse. 

    J’espère que tu as faim, lança Cristina, qui portait un vieux jean usé et un blouson de cuir. On a de quoi faire deux fois le tour du monde avec ce qu’il a là-dedans ! 


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