• CHAPITRE 999

    Meredith avait eu raison de croire que sa mère n’en resterait pas là. A peine sortie de la clinique, Anne l’avait assaillie de questions sur Derek, la façon dont elle l’avait connu, la raison pour laquelle elle s’était conduite de façon aussi impertinente avec lui, et pour laquelle lui l’avait ignorée à un point que ça en était suspect. Meredith avait éludé tant que possible, restant très vague dans ses réponses, assurant à sa mère qu’elle se faisait des idées, qu’il fallait qu’elle comprenne qu'à San Francisco, les gens, et encore moins un célèbre chirurgien, ne se comportaient pas comme les habitants de Crestwood, que ce qu’elle avait pris pour de l’agressivité et du mépris n’était en fait qu’un comportement tout à fait normal à la ville. Mais elle avait bien vu que, malgré tous ses efforts, elle n’avait pas réussi à convaincre sa mère. C’est avec soulagement qu’elle était arrivée à la maison, où la présence de Gloria et d’Ellis, particulièrement survoltée, avait mis fin à cette conversation embarrassante. La journée s’était alors déroulée plus ou moins sans encombre, Meredith restant la plupart du temps confinée dans sa chambre pour remettre de l’ordre dans ses affaires ou pour lire. Malheureusement, à peine Gloria avait-elle franchi le seuil pour rentrer chez elle qu’Anne repassait à l’attaque. Cette fois, poussée dans ses retranchements, Meredith n’avait eu d’autre choix que de fuir. Elle avait quitté la maison en claquant la porte et hurlant, telle une adolescente en pleine crise, qu’elle en avait marre de ce climat de suspicion qui régnait autour d’elle, du peu de confiance qu’on lui témoignait et des fausses accusations dont elle était l’objet. Pour ne plus entendre sa mère qui, sortie sur le pas de la porte, lui ordonnait de revenir immédiatement pour continuer la discussion, elle avait couru jusqu’à ce que la maison de sa tante soit hors de sa vue. Ensuite, elle avait erré longtemps dans les rues et les jardins de la ville, ressassant ses rancœurs et ses idées noires. Parce qu’elle ne voulait pas rentrer chez elle, pas tout de suite du moins – subir encore une fois l’interrogatoire made in FBI de sa mère, non merci ! – ni faire appel à Mark – il serait toujours du côté de l’ennemi – elle avait téléphoné à Izzie. Après un début de conversation un peu malaisé et limité aux banalités d’usage, les deux jeunes femmes avaient convenu de se retrouver, avec la bande, avait précisé Izzie, sur Sutter Street, dans une boite appelée "The Cellar".

    Voilà ce qui avait amené Meredith dans cet endroit où, lasse d’attendre des amis qui ne venaient pas et dégoutée par ce nouveau coup bas, elle avait fini par accepter le verre que tenait tant à lui offrir ce garçon aux longs cheveux blonds qui n’avait pas arrêté de lui sourire, depuis l’autre bout du comptoir, avant de se décider à la rejoindre. Brett, originaire de Phoenix, Arizona, étudiant en sciences politiques à Berkeley. Un Mojito, puis un second. Meredith avait commencé à se détendre. Brett était de bonne compagnie, un peu trop bavard certes, surtout quand il s’agissait de parler de lui. En quelques minutes, il avait passé toute sa vie en revue, de la naissance à son entrée à l’université. Mais il avait une énorme qualité : il ne ressemblait en rien à Derek. C’est presque avec enthousiasme que Meredith avait suivi le jeune homme aux allures de Viking sur la piste de danse. Un troisième verre, un autre et encore un autre… Ses dernières réserves s’étaient rapidement évanouies. Elle s’était totalement abandonnée à la musique. A Brett s’étaient rajoutés Gary, Ben et… elle ne savait plus. De toute façon, cela n’avait aucune importance. Elle se moquait bien de leur prénom et de leur vie. Tout ce qu’elle attendait d’eux, c’était qu’ils lui tiennent compagnie, sans être trop envahissants, et qu’ils lui paient à boire.

    Et maintenant, elle était là, à danser au milieu de tous ces inconnus, virevoltant sur elle-même, sa tête se balançant de gauche à droite, espérant que cette sorte de vertige qu’elle commençait à ressentir lui ferait trouver l’oubli. Toutefois, comment aurait-elle pu oublier qu’elle avait perdu celui qui avait donné un sens à sa vie ? Elle se concentra sur la musique pour tenter, malgré tout, de faire le vide. Tout à coup, à l’instar de tous ceux qui étaient autour d’elle, elle se mit à chanter à tue-tête "Love is gone". Oui, ce putain d’amour était parti, la laissant seule et misérable. Qu’est-ce qu’on était supposé faire quand cela vous tombait dessus ? Elle ne le savait vraiment pas. Où allait-elle pouvoir trouver une raison de continuer à avancer ? Désespérée de ne pas avoir la réponse, elle cessa de chanter et s’immobilisa, les yeux fermés, de grosses larmes coulant sur ses joues. Elle rouvrit les yeux en sentant une main se poser sur son bras et tituba en découvrant Derek qui la regardait avec tellement de tendresse et d’amour, oui d’amour, qu’elle eut envie de se jeter dans ses bras. Elle allait le faire quand elle aperçut, au-dessus de l’épaule de son ex, Callie qui les observait avec un sourire goguenard. Elle se sentit trahie une fois de plus et se raidit. C’est elle qui t’a prévenu que j’étais là ? cria-t-elle avec une certaine agressivité.

    Mered..., commença Derek mais il n'eut pas le temps d'en dire plus.

    Est-ce que c’est elle qui t’a prévenu ? répéta Meredith en s’égosillant.

    Ecoute, elle a seulement voulu te protéger, argumenta Derek, plus pour éviter un scandale en public que pour réellement plaider la cause de Callie.

    Meredith ricana. Ouais, j’en suis sûre, dit-elle d'une voix déjà pâteuse. Toujours prête à rendre service, bien sûr. Elle darda sur celle qu’elle prenait pour sa rivale un regard dur et sans pitié avant de revenir sur Derek. Cette bonne Callie. Si gentille ! Tu devrais penser à sortir avec elle. Elle fronça soudain les sourcils, comme si elle venait d’être frappée par une idée, et se tapa le front avec le plat de sa main. Mais que je suis bête ! C’est déjà fait.

    Derek ne releva pas. Elle était trop ivre que pour entendre la voix de la raison. On ferait mieux de s’en aller, se contenta-t-il de dire.

    Elle ouvrit de grands yeux étonnés. Mais pourquoi je m’en irais ? Je m’amuse bien ici, moi. Je me suis fait plein de nouveaux amis. Et plus si affinités, ajouta-t-elle cruellement. Elle se retourna vers Brett et compagnie. Les garçons, voilà Derek, le plus bel enfant de salaud qu’il m’ait été donné de rencontrer. Dites bonjour. Mal à l’aise, ses cavaliers se contentèrent d’un léger signe de tête. Elle refit volte-face et lança à Derek un regard tout en provocation. Ils sont sympas, non ? Elle passa la main dans les cheveux de Ben pour les ébouriffer. Et tellement mignons ! En plus, ils sont jeunes. Elle attendit quelques secondes avant de porter l’estocade finale. Ça me change.

    Derek avait beau être conscient qu’elle ne cherchait qu’à lui faire du mal, il encaissa durement cet affront public qui, de plus, le renvoyait à son plus grand complexe depuis qu’il était avec elle. Mais il était hors de question qu’il le lui montre. Viens, je vais te raccompagner chez toi, dit-il avec un calme qu’il ne ressentait vraiment pas. Il y avait des moments où cette gamine méritait une bonne correction.


  • Commentaires

    1
    Mdbailey
    Vendredi 16 Août à 20:16
    Elle commence à être chiante Meredith,ok elle est malheureuse, mais elle veut finir comme l'ancien Derek et faire du mal a tout le monde ?!?
    Ils ont besoin l'un de l'autre mais s'en rendent ils vraiment compte?
    2
    Butterfly
    Vendredi 16 Août à 21:53

    Elle est ivre mais elle sait frapper là où ça fait mal ! shocked

    Je ne pense pas que se saouler et prendre des risques comme elle le fait va arranger ses problèmes. Soit elle ne veut plus de Derek, elle tire un trait sur lui et va de l'avant, soit elle ne peut pas se passer de lui et elle décide de lui accorder une autre chance. Mais boire comme elle le fait, et être aagressive avec tous ceux qui l'aiment, ça ne sert à rien ! 

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