• CHAPITRE 990

    Il était 16h40 lorsque Derek sortit, fraîchement rasé et douché, de la salle de bain attenante au vestiaire qu’il occupait avec Mark. Il ouvrit une armoire en fer dans laquelle il conservait quelques vêtements de rechange, pour pouvoir parer à toutes les éventualités. Il ne mit pas longtemps à se décider pour un jean clair et une chemise du même bleu que ses yeux. Il savait, pour l’avoir maintes fois testé, que l’effet serait garanti. Ce qu'il voulait, ce n’était pas tant donner des regrets à Meredith que lui montrer qu’il ne se laissait pas abattre. Et pourtant… Sitôt après l’avoir quittée, il s’était réfugié dans la cage d’escalier où Mark l’avait retrouvé en train de pleurer comme un enfant sur la perte de ses dernières illusions. Stupéfait de le voir dans cet état – la seule fois où il avait vu Derek pleurer, c’était lorsque celui-ci lui avait raconté les circonstances du suicide de sa mère – Mark était resté coi jusqu’au moment où, honteux de ne plus être capable de maîtriser ses émotions, Derek avait voulu exorciser sa rage en frappant le mur de ses poings. Mark l’en avait empêché in extremis, en lui assurant que ce serait stupide de foutre en l’air des mains à deux millions de dollars et d’ainsi gâcher sa carrière, pour une gamine en pleine confusion sentimentale. Ils étaient restés cachés dans l’escalier, le temps que Derek se calme et se recompose un visage. Ils étaient ensuite retournés à leurs obligations professionnelles, Derek tentant de trouver l’oubli dans le travail, mais le visage de Meredith, avec son expression dure, presque cruelle, l’avait hanté durant toutes ses interventions. Cependant, maintenant, il était prêt à lui livrer bataille, car c’était bien de cela qu’il s’agissait. Il avait une revanche à prendre, compte tenu de la façon dont la jeune fille l’avait traité. Après avoir jeté un dernier regard dans le miroir, où son image lui donna plutôt satisfaction, il quitta, nerveux mais très déterminé, les vestiaires pour regagner son bureau.

    Il faisait les cent pas dans la pièce, réfléchissant à l’attitude qu’il allait adopter et aux mots qu’il allait employer pour faire croire à Meredith qu’il était déjà passé à autre chose, lorsque, à 17 heures précises, son interphone sonna. Docteur, votre rendez-vous est arrivé, lui annonça la voix de la jeune et jolie Nelly qu’il avait choisie spécialement pour assurer son secrétariat ce jour-là, puisque Darlene était absente. A peine plus âgée que Meredith, Nelly était, avec sa bonne humeur perpétuelle, le rayon de soleil du service. Derek n’avait jamais essayé de la draguer pour la simple et bonne raison qu’il était de notoriété publique qu’elle n'était attirée que par des femmes. D’ailleurs, elle venait d’emménager dans l’appartement de Sandra, l’infirmière de bloc préférée de Mark. Mais cela, Meredith ne le savait pas !

    Faites patienter, s’il vous plaît, répondit Derek avec un calme qu’il était loin de ressentir. Il s’installa dans son fauteuil, avant d’ouvrir un des dossiers qui se trouvaient sur son bureau et de prendre un stylo. Il resta immobile, le regard fixé sur sa montre, attendant que quelques minutes s’écoulent, le temps que son ex petite amie – mon dieu, que c’était dur de penser à elle en ces termes ! – se dise qu’il n’était vraiment pas pressé de la revoir. Faites entrer, signifia-t-il enfin à l’interphone. Faisant mine d’être plongé dans l’examen des données médicales du patient, il ne releva pas la tête lorsque la porte s’ouvrit. Il griffonna encore quelques mots avant de se redresser. Il vit Nelly et, derrière elle, Meredith dont il remarqua immédiatement qu’elle portait une courte robe en jean qu’il lui avait offerte au cours d’une de leurs séances de shopping, tout comme les boucles d’oreilles fantaisie qui pendaient à ses lobes. Elle avait attaché ses cheveux en une sorte de chignon sauvage, comme il aimait tellement qu’elle le fasse. Il nota également qu’elle avait verni ses ongles, ce qu’elle faisait très rarement, et qu’elle s’était maquillée plus que de coutume. Il trouva étrange qu’elle se soit autant pomponnée pour une visite d’ordre purement médical. Sans doute voulait-elle lui donner un peu plus de regret. Ah tu veux jouer à ça, ma petite, se dit-il. Eh bien, soit ! Jouons ! Il se leva et avança à leur rencontre. Merci, ma petite Nelly, dit-il d’une voix suave, avec un grand sourire dont la jeune infirmière s’étonna car, même s’il avait toujours été relativement aimable avec elle, Derek Shepherd n’était pas connu pour être chaleureux avec le personnel. Le sourire disparut lorsqu’il s’adressa à Meredith. Mademoiselle Grey, la salua-t-il, sans que son visage ne manifeste aucune émotion particulière. Tu ne veux pas que maman apprenne que tu t’es tapé le vilain docteur ? pensa-t-il. Pas de problèmes !  

    Même si elle était parfaitement consciente d’avoir profondément blessé l’orgueil de Derek – si besoin en avait été, les dix minutes d’attente dans le couloir le lui auraient confirmé – Meredith ne s’attendait pas à un accueil aussi froid. Le très poli mais glacial "Mademoiselle Grey", en opposition à la façon dont il avait remercié la prénommée Nelly – une des pouliches de son cheptel sans aucun doute – sonna à ses oreilles comme la fin irrémédiable de leur histoire. Elle se demanda toutefois pourquoi il avait apporté tant de soin à sa tenue parce que, tout de même, le jean moulant et la chemise dont la couleur était assortie à ses yeux, ce n’était pas innocent. Et les cheveux encore humides avec ces petites mèches bouclant sur le front et au-dessus des oreilles, qui la faisaient toujours craquer… Sans doute désirait-il qu’elle éprouve du regret de l’avoir laissé filer. Même si c’est le cas, il n’en saura rien, se promit-elle. Elle le salua à son tour, tout aussi sèchement que lui. Docteur Shepherd. Voilà ma mère, ajouta-t-elle en se tournant vers la dame qui la suivait.

    En découvrant Anne Grey, Derek réalisa avec étonnement qu’elle était à peine plus âgée que lui. Il s'était imaginé qu'elle était dans la même tranche d'âge que sa belle-sœur et maintenant, il constatait qu'il y avait entre elles une différence assez importante, une bonne dizaine d'années très certainement. Il se rappela alors ce que Meredith lui avait dit au sujet de sa mère, mariée presque tout de suite après le lycée, le bébé dans la foulée… Oui, quarante, quarante-deux ans à tout casser. Petite, encore plus que sa fille, toute menue, des traits réguliers, des cheveux courts bruns, des yeux noisette qui respiraient la bonté, le visage empreint d’une douceur infinie, habillée simplement mais avec classe, elle était aux antipodes de l’image que Derek se faisait d’une mère de famille du Kentucky. Maman est plutôt pas mal, songea-t-il. C’est avec elle que je devrais sortir, tiens ! Il eut aussitôt l’impression d’avoir proféré une monstruosité et chassa immédiatement cette pensée nauséabonde de son esprit. Un sourire avenant sur les lèvres, il s’avança vers Anne, la main tendue. Enchanté de vous connaitre, Madame, dit-il d’une voix douce. Asseyez-vous, je vous en prie.


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