• CHAPITRE 989

    Le visage de Meredith était fermé et son regard était fuyant. Derek pressentit qu’elle n’était pas là pour se réconcilier avec lui. Tu es venue chercher tes bagages, je suppose ? demanda-t-il en espérant malgré tout qu’il se trompait sur les intentions de la jeune fille.

    Non. Enfin, oui… aussi, bafouilla Meredith en rougissant. En fait, je… ma mère est à San Francisco pour quelques jours et on… Elle s’arrêta, fébrile, et commença à se tordre les mains. Pourquoi éprouvait-elle toujours ce besoin de tout lui expliquer, comme si elle avait à se justifier ? Maintenant qu’ils n’étaient plus ensemble, il était hors de question qu’elle lui raconte encore quoi que ce soit de sa vie. J’aimerais bien que tu la rencontres, lâcha-t-elle soudain, sans réaliser ce que sa formulation pouvait avoir d’équivoque.

    Ta mère ? ânonna Derek, perplexe. La veille, Meredith l’avait quitté en criant que tout était fini entre eux et ce matin, elle se tenait devant lui, rouge de confusion et la tête baissée, pour lui annoncer qu’elle voulait lui présenter sa mère. Certes, ces derniers jours, elle l’avait habitué à des sautes d’humeur et à des attitudes déconcertantes, mais pas à ce point. Tu veux que je la rencontre ? répéta-t-il pour s’assurer qu’il avait bien compris. 

    Oui, enfin, si tu as le temps. Meredith releva la tête et comprit, en voyant le regard de Derek à la fois surpris et heureux, qu’il se méprenait sur ses intentions. Pourtant, elle ne le détrompa pas. Elle éprouvait une telle colère qu’elle n’était plus capable de prendre du recul sur rien. Elle sentait bien qu’elle était en train de perdre le contrôle et elle ne se reconnaissait plus dans cette fille en état de rage permanent. C’était plus fort qu’elle, elle aimait Derek mais elle lui en voulait tellement qu’elle ressentait le besoin de lui faire du mal. Elle voulait toujours qu’il souffre autant qu’elle-même était en train de souffrir. Il fallait qu’il sache ce qu’elle éprouvait et pour cela, il devait endurer les mêmes douleurs. Ce fut pour cette raison qu’elle le laissa s’enferrer.

    Oui, oui, bien sûr, bafouilla-t-il. Je… je ne pensais pas… mais oui, je serais très content de faire sa connaissance. Depuis le jour où il avait rompu avec Abigail dont les parents l’avaient soumis à un véritable interrogatoire sur sa famille, sa fortune, ses projets et ses ambitions, il s’était juré de ne plus jamais se livrer à de telles simagrées. Et pourtant, aujourd’hui, il désirait sincèrement que Meredith le présente à sa mère parce que cela signifiait qu’elle lui accordait une deuxième chance. Il tendit la main vers elle avec un sourire tendre. Bébé, je…

    Elle fit précipitamment un pas en arrière, comme si elle ne supportait pas l’idée qu’il la touche. On s’est mal compris, je pense, l’interrompit-elle avec un petit sourire presque cruel. Il ne s’agit pas de présentation aux familles. Je n’ai pas dit à ma mère que j’étais sortie avec toi et je n’ai absolument pas l’intention de le faire. Elle sut qu’elle avait atteint son but en voyant Derek blêmir et sa mâchoire se contracter. Pourtant, elle ne ressentit pas la satisfaction à laquelle elle s’attendait. Mais il était hors de question de faire marche arrière. Je m’adresse à toi en tant que médecin, parce qu’on a besoin de conseils pour ma tante. Mais évidemment, je comprendrais que tu refuses de nous aider.

    Derek ne put cacher qu’il était blessé par ce qu’elle venait de faire. Jamais il ne l’aurait crue capable de commettre une telle bassesse. Il avait tellement de peine à y croire qu’il se plongea dans ses yeux, espérant y trouver du regret, de la tristesse, de la tendresse, un reste d’amour, n’importe quoi qui lui prouve qu’elle était toujours celle dont il était fou. Il n’y vit que de la froideur. Stupéfait, il ouvrit la bouche. Il fallut un petit moment avant qu’il ne reprenne ses esprits. Un bref ricanement sortit du fond de sa gorge tandis qu’il hochait la tête avec un air dégoûté. Il avait l’impression d’être face à une inconnue et cela lui faisait mal, mais tellement mal qu’il crut que son cœur allait se briser en mille morceaux. Il était cependant impossible qu’il s’effondre devant elle. Il ne lui restait plus rien, sauf un petit reste d’honneur, et il n’était pas question qu’il y renonce pour elle. C’était déjà bien assez de s’être fait avoir une deuxième fois. Je pourrais vous recevoir vers 17 heures, si cela arrange ta mère, dit-il avec une extrême sécheresse avant de fouiller dans la poche de sa blouse pour en retirer les clefs du Hummer. Tu n’auras qu’à les remettre à Mark quand tu auras repris tes bagages, ajouta-t-il en les tendant à la jeune fille. Maintenant, excuse-moi, j’ai du travail.

    Elle avait à peine saisi les clefs qu’il tournait les talons. Elle sut qu’elle avait été trop loin mais son orgueil l’empêcha de le rappeler pour s’en expliquer. Et puis, de toute façon, ce n’était pas à elle de présenter des excuses. Ce n’était pas elle qui avait commis la première erreur, celle qui avait tout foutu en l’air. Mais être dans son bon droit ne l’aidait pas à se sentir mieux, parce qu’elle venait de perdre celui qui avait été le centre de son univers. Maintenant qu’il n’était plus là, elle ne ressentait plus rien d’autre que le vide. Elle allait s’en aller quand elle remarqua la présence de Mark, debout derrière un bureau de réception. A la façon dont il la regardait, il était clair qu’il avait assisté à toute la scène et qu’il la désapprouvait. Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? aboya-t-elle.

    Il referma d’un claquement sec le registre qu’il avait fait semblant de consulter pendant toute la conversation qu’elle avait eue avec Derek et il vint vers elle. Ça va ? Tu es contente ? Tu as eu ce que tu voulais ? Mal à l’aise, pleine de remords, elle haussa vaguement les épaules mais il en fallait plus pour qu’il taise ce qu’il pensait de ses agissements. Ce que tu viens de faire, c’est dégueulasse. Je sais qu’il t’a fait du mal mais lui au moins, il ne l’a pas fait intentionnellement. Le front buté, Meredith resta silencieuse mais sa bouderie qui, d’habitude, attendrissait le chirurgien, ne fit que le contrarier un peu plus. Il secoua la tête avec ce qu’elle ressentit comme du mépris. Ce que tu viens de me montrer de toi aujourd’hui ne me plait vraiment pas. C’est comme si j’avais devant moi une personne que je ne connais pas du tout. Mais tu sais le plus grave ? Cette personne, je n’ai vraiment pas envie de la connaitre, lui asséna-t-il avant de partir dans la direction que Derek avait prise. Meredith le regarda s’éloigner avec au cœur le sentiment que cette fois, elle était seule au monde, sans plus amour ni ami. 


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Dimanche 4 Août à 00:41

    Mark a 1000 fois raison, la façon dont Meredith vient de se conduire est tout à fait indigne et cruel

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :