• CHAPITRE 983

    Est-ce que tu te rends compte qu'à cause de ton silence, j'ai assisté aux funérailles du violeur de ma petite fille ? poursuivit Anne. J'ai pleuré pour lui ! J’ai vanté ses mérites, j'ai consolé ses parents, j'ai prié pour son salut. Et je lui ai acheté une énorme gerbe de fleurs qui m'a couté les yeux de la tête, entre parenthèses. Si j'avais su la vérité, j'aurais craché sur sa tombe plutôt, conclut-elle avec fermeté.

    Meredith ne put s'empêcher de sourire tant cet acte était improbable de la part de sa mère. Ça, ça m'étonnerait.

    Dans tous les cas, je n'aurais pas été à son enterrement, affirma Anne.

    Je sais mais c'est justement ce que je ne voulais pas, lui confia Meredith. Tout le monde aurait trouvé ça suspect. Déjà que Cristina et moi n'étions pas là… Je ne voulais pas que les gens puissent soupçonner quoi que ce soit. Je n'ai pas envie que, le jour où je retournerai chez nous, tout le monde me regarde avec pitié. Je ne veux pas être considérée comme une victime. Et je ne veux pas être l'objet des commérages, pas ce genre-là en tout cas, expliqua-t-elle. Et en plus, je ne voulais pas que ses parents soient au courant. Tu imagines, apprendre que ton fils unique était un salaud ? Ça les achèverait et moi, ça ne m'apporterait rien. Autant qu'ils gardent une bonne image de lui.

    Anne regarda sa fille avec une sincère admiration. Tant de maturité à un si jeune âge ! Et quelle bonté d'âme ! Beaucoup de personnes dans la même situation auraient simplement pensé à obtenir justice ou même à se venger. C'est remarquable de ta part. Je ne crois pas que j'aurais été aussi bonne que toi. Et je comprends que tu ne veuilles pas faire de publicité autour de cette histoire. Mais moi, Meredith ! J'étais en droit de savoir, tu ne crois pas ? Je suis ta mère tout de même !

    Meredith soupira. Oui et je te demande pardon de t'avoir caché ça. Mais je te connais, maman. Si je t'avais prévenue, tu aurais paniqué, tu m'aurais harcelée pour que je rentre à Crestwood, j'aurais refusé et tu aurais passé tes journées à stresser en pensant aux dangers que je courais ici. Ce qu'on ne sait pas ne peut pas faire de mal. Elle avait été scandalisée lorsque Derek lui avait dit la même chose mais avec le recul, elle réalisait qu'il avait raison. La révélation de l'infidélité de son petit-ami avait fait voler son bonheur en éclat et apprendre sa relation avec Callie avait ruiné ses derniers espoirs de réconciliation. Elle qui d'ordinaire était l'apôtre de la vérité se rendait compte maintenant qu'elle aurait préféré ne rien savoir parce que savoir la vérité la faisait souffrir d’une façon insupportable et qu'elle ne savait pas comment faire pour que cette douleur disparaisse.

    Je suis ta mère, répéta Anne. C'est à moi de te protéger, pas l'inverse. Tu avais subi cette chose horrible. Tu étais blessée, traumatisée, bouleversée. C'était ma place d'être auprès de toi. J’aurais pu t'aider, te soutenir. C'est ce qu'une mère doit faire pour son enfant, insista-t-elle, la voix soudain tremblante d'émotion.

    Ne t'en fais pas, maman. J'ai été très bien entourée, assura Meredith. Oui, Derek avait vraiment été aux petits soins pour elle. C'était d'autant plus dur d'admettre qu'après s'être conduit en parfait gentleman et l'avoir soutenue de toutes les manières possibles, il s'était comporté comme un parfait connard en la trompant pour des motifs que, faute d'explications sérieuses, elle trouvait toujours aussi fallacieux. Je me suis fait de très bons amis ici. Ils m’ont aidée à surmonter tout ça, ajouta-t-elle, le cœur lourd en réalisant qu’elle mourait d’envie de parler de Derek à sa mère. Malheureusement, elle ne pouvait pas le faire parce que celle-ci ne comprendrait jamais pourquoi elle était tombée amoureuse d’un tel homme et encore moins pourquoi elle l'aimait encore, en dépit de tout ce qu’il lui avait fait. Une bouffée de ressentiment reflua en elle parce que, à cause de lui, elle devait cacher tant de choses à sa mère, lui mentir, ce qu’elle n’avait jamais fait avant de le rencontrer. Je suis désolée de ne t'avoir rien dit, dit-elle d'une petite voix, en allant s'installer à côté d'elle. Mais je ne voulais pas que tu t'en fasses pour moi. Je n'aurais pas été capable de gérer ça en plus du reste.

    Anne lui prit la main. Je comprends. Elle secoua la tête avec un air catastrophé. Quand je pense que je lui faisais toute confiance ! Je m’étais sentie tellement rassurée quand tu m’avais annoncé qu’il vous accompagnait. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il se conduirait de cette façon. Il avait l'air si gentil, si doux.

    Il l’était, concéda Meredith. A Crestwood. Mais une fois qu’on est arrivé ici, il a changé. C’est devenu un autre homme, méchant et violent.

    Anne serra la main de sa fille. Est-ce que tu te sens le courage de me raconter ce qui s'est passé ? Meredith acquiesça. Pendant plus d'une heure, elle relata à sa mère la violence autant physique que verbale dont elle avait été l'objet de la part de son ami d'enfance, lui cachant seulement le fait que ce dernier l'avait espionnée alors qu'elle faisait l'amour avec Derek. Elle n'évoqua ce dernier qu'une seule fois, très naturellement, sans presque s'en rendre compte, lorsque, qu’emportée par son récit, elle mentionna qu’elle avait eu un petit ami et que c’était cette relation qui avait été à l’origine du changement de comportement de George. En découvrant tout ce que sa fille avait subi, Anne fut horrifiée et elle mêla ses larmes à celles de Meredith lorsque celle-ci décrivit la tentative de viol, expliquant qu'elle avait cru sa dernière heure venue, car elle était déterminée à mourir plutôt que de soumettre au désir de son agresseur. La jeune fille confia enfin à sa mère le soulagement qu'elle avait ressenti en apprenant la mort de George, parce que cela signifiait qu'elle n'aurait plus jamais à le craindre, ni à l'affronter, mais que ce sentiment l'avait laissée un peu honteuse parce que ce n'était pas bien de se réjouir de la mort d'un être humain. Anne balaya le scrupule d'un revers de la main. Tu n'as pas à te sentir honteuse, en aucune façon. Tu n'as pas souhaité sa mort après tout. Et quand bien même ! s’emporta-t-elle. Après ce qu'il t'avait fait, ça aurait été compréhensible. Ce sale petit enfoiré ! Te faire subir tout ça, jour après jour ! Pour qui se prenait-il, à croire que tu étais sa propriété, sa chose ?


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Vendredi 26 Juillet à 22:23

    Aaaah Meredith a lâché qu'elle avait eu un petit ami. Je pense que sa mère va poser des questions

    J'aime bien aussi que Meredith réalise de plus en plus que même si Derek s'est mal conduit avec elle, il lui manque terriblement et qu'elle a beaucoup de mal à vivre sans lui 

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