• CHAPITRE 980

    Meredith abandonna le verre pour tourner en rond dans le salon. C’est ton amie, tu travailles avec elle, poursuivit-elle. On est amené à la côtoyer souvent. On est même parti en vacances ensemble. Tu aurais dû me parler de ce qu’il y avait eu entre vous. Il y a des choses que j’estime être en droit de savoir, s’emporta-t-elle soudain en revenant devant lui. Comme Abigail par exemple ! Voilà, le nom était lâché. Maintenant, il savait qu’elle était au courant. Plus question de tourner autour du pot. Puisque l’heure était au grand déballage, autant crever tous les abcès !

    La confusion se peignit sur les traits de Derek. Ça, c’est autre chose. Mais je comptais t’en parler.

    Oui, bien sûr, persifla Meredith. Parce que tu t’es dit que l’histoire de la garce de copine qui t’avait trompé avec ton père me ramènerait à de meilleurs sentiments. Elle passa outre le regard mauvais dont il la foudroya. Cela prouvait qu’elle avait vu juste. Mais sans ça, est-ce que tu m’en aurais parlé ?

    A nouveau, la réponse fut directe. Non.

    Et pourquoi pas ?

    Parce que je ne vois pas l’intérêt qu’il y a à déterrer ces vieilles histoires, se justifia Derek avec nervosité. Il alla se rasseoir au salon, pour échapper à l’œil inquisiteur de son amie.

    Ah vraiment ? ragea celle-ci en allant s’installer en face de lui. Pourtant, cette vieille histoire, comme tu dis, influence la façon dont tu mènes ta vie aujourd’hui. Et il est clair que ça a rejailli sur notre relation. Alors, j’estime normal de savoir ce qui s’est passé.

    Ben, tu le sais maintenant puisque Momsy te l’a raconté, fit remarquer Derek, le regard fuyant.

    Mais c’est à toi de m’en parler, Derek ! se fâcha Meredith.

    Excédé, il se releva brutalement et son fauteuil alla heurter la paroi de séparation avec la cuisine. Mais pour dire quoi, Meredith ? Cette fois, ce fut lui qui se mit à faire les cent pas dans la pièce. J’avais vingt-deux ans et une petite amie dont j'étais amoureux. Elle a couché avec mon père. Ma famille a explosé. Ma mère s’est suicidée. Alors, j’ai décidé que je ne donnerais plus jamais à personne l’occasion de me faire du mal et je me suis fermé. Voilà.

    Meredith sursauta. Voilà ? Et c’est tout ?

    Derek lui présenta un front buté. Oui, il n’y a rien à dire de plus. C’était étrange. Il s’était résolu depuis un certain temps à lui parler de Abigail et de la saga familiale. Mais maintenant qu'il était au pied du mur, il n’y arrivait pas. Il avait enfoui toute cette histoire tellement profondément en lui qu’il avait l’impression de ne plus pouvoir la faire remonter à la surface.

    Meredith ressentit une déception immense. Elle avait vraiment espéré qu’il accepterait de partager son histoire avec elle et qu’il lui donnerait les clefs pour décoder son comportement. Mais il venait de lui signifier une fin de non-recevoir qu’elle jugeait intolérable. Puisqu’il refusait le dialogue, elle n’avait plus rien à lui dire, elle non plus. Comme tu veux, laissa-t-elle tomber froidement en allant décrocher son sac qui pendait à la rambarde de l’escalier.

    Derek comprit qu’elle allait s’en aller et il prit peur. Meredith, dit-il d’une voix blanche.

    Elle se tourna vers lui, le visage blême et le regard chargé de ressentiments. Je suis en colère, Derek, vraiment en colère. Et il va me falloir autre chose qu’un tube de dentifrice et un parfum pour que j’arrive à passer au-dessus. Il avança, la main tendue vers elle. Elle fit signe que non. Tu m’as fait du mal en me trompant et tu viens encore de m’en faire. Je ne vais pas te donner l’occasion de recommencer de sitôt. Elle se dirigea vers la porte.

    Derek tituba comme s’il venait de recevoir un coup de poing en pleine figure. Meredith, je t’en prie, non. Elle ne répondit pas. Il comprit qu’elle ne se laisserait pas fléchir, ce soir du moins. Laisse-moi te raccompagner au moins, la supplia-t-il. Peut-être que dans la voiture, il arriverait à la ramener à de meilleurs sentiments.

    Elle ouvrit la porte. Merci mais je préfère prendre un taxi.

    Mais… et tes bagages ? balbutia Derek, pris de court.

    Tu n’auras qu’à les déposer à la clinique. Je passerai les prendre demain. La voix de Meredith se brisa. Il était hors de question qu’elle se mette à pleurer devant lui. Elle ne l’avait que trop fait déjà. Elle avait tout perdu, sauf sa fierté, et elle était bien décidée à s’y accrocher. Elle sortit sur la passerelle et commença à courir.

    Il fallut quelques secondes pour que Derek réalise qu’elle n’était plus là. Il se rua dehors. Meredith, hurla-t-il dans le silence de la nuit avant de se lancer à la poursuite de la jeune fille. Il la rattrapa alors qu’elle était presque arrivée au bout du quai. Meredith…

    Elle s’arrêta de courir pour lui faire face. Laisse-moi. Laisse-moi tranquille, lui cria-t-elle, le visage noyé de larmes. Je veux juste rentrer chez moi maintenant. Elle se remit à courir et cette fois, il ne chercha plus à la retenir.


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