• CHAPITRE 976

    Derek secoua la tête. Je sais que c’est l’impression que ça donne mais je te jure que ce n’est pas le cas. Il avança sa main, jusqu’à ce que le bout de ses doigts frôle ceux de Meredith. Tu te souviens, après notre dernière nuit dans la maison de Mark. Le jour où… Elle inclina légèrement la tête. Oui, elle ne se souvenait que trop bien de la journée où tout s’était arrêté pour elle. Ce matin-là, je me suis arrêté dans ce drugstore pour t’acheter la pilule, poursuivit-il.

    Oh je l’ai prise ! Ne t’en fais pas pour ça. Meredith se leva précipitamment, comme si soudain leur proximité lui était insupportable, et elle alla s’asseoir sur une chaise qui faisait face au lit.

    Derek souffla bruyamment. Que tu l'aies prise ou pas, je m’en fous, Meredith. Sincèrement, je m’en fous. Ce n’est pas de ça dont je veux te parler. Quand je me suis arrêté dans ce drugstore, j’avais une idée précise en tête. Il darda sur elle des yeux débordants de tendresse. J’avais prévu de te ramener à la péniche, ce soir-là. Je voulais te montrer où je vivais et… - il s’arrêta, subitement ému, s’étonnant de sentir les larmes picoter ses yeux – je voulais te dire que je t’aimais, reprit-il d’une voix rauque. Et que j’avais besoin que tu fasses partie de ma vie. Vraiment, sans réserve cette fois. Mais je n’en ai pas eu le temps et maintenant, évidemment, ça ressemble à une séance de rattrapage, déplora-t-il dans un soupir.

    Non, je sais que tu es sincère. Elle aussi était émue et, pour le cacher, elle regarda autour d’elle. C’est joli. Tu as beaucoup de goût. C’était banal, c’était plat, mais elle ne savait que dire d’autre qui ne soit pas trop révélateur de son état d’esprit.

    Pourtant, je n’ai pas fait grand-chose. Je voulais juste que ce soit fonctionnel. Je n’ai ni le temps ni l’envie de me prendre la tête avec des problèmes de déco, confessa Derek. Pour ce que j’y suis en même temps… Ses yeux se promenèrent à travers la pièce. Ça manque certainement d’un peu de chaleur, comme toutes les maisons où on ne vit pas vraiment. Il regarda son amie à la dérobée. Peut-être qu’une touche féminine…

    Nous n’en sommes pas encore là, répliqua-t-elle en souriant. Quoiqu’elle en dise, elle aimait qu’il ne s’avoue pas vaincu.

    Tu ne peux pas m’en vouloir d’essayer, se défendit-il, soudain plus détendu. Quand elle souriait, son visage s’illuminait et il retrouvait alors un peu de la Meredith d’avant, d’avant le malheur. Il refusait de croire que cette époque était totalement révolue.

    Il se leva du lit et fit deux pas en direction de la jeune fille, avec ce petit sourire charmeur qu’elle connaissait si bien et auquel elle résistait toujours difficilement. Pour l’éviter, elle quitta sa chaise et alla jusqu’à la fenêtre. Il n’y avait rien à voir, à part le mur de la péniche voisine. Elle repartit vers la petite bibliothèque et fit semblant de s’intéresser aux livres. Quand tu es allé au drugstore, ce jour-là, tu as acheté des trucs, lâcha-t-elle soudain en feuilletant machinalement un ouvrage sur la Seconde Guerre Mondiale. Tu as refusé de me dire ce que c'était, tu as dit que c'était une surprise. Je peux savoir maintenant ?

    Derek vint s’adosser au mur, juste à côté du meuble devant lequel elle se trouvait, dans l’espoir qu’elle daignerait lui accorder un peu d’attention. Eh bien, ça faisait partie de l'idée que j'avais en tête. Elle me semblait bonne à l’époque mais maintenant, avec le recul, les évènements… Je ne sais pas. Ça n’a plus le même impact. Ça risque même de te sembler stupide.

    Meredith referma enfin le livre et le reposa là où elle l’avait pris. Laisse-moi en juger par moi-même, tu veux bien ? dit-elle en se tournant vers Derek.

    Puisque tu insistes. Ce fut presque avec réticence que le chirurgien se dirigea vers une porte qui donnait sur une autre pièce. Curieuse de découvrir cette partie qu’elle ne connaissait pas encore, Meredith le suivit avec empressement. Elle arriva dans la salle de bains qui la surprit par sa grandeur, mais surtout son originalité. C’était sans aucun doute la pièce la plus sophistiquée de la demeure. D’un côté, il y avait une grande baignoire ovale et de l’autre, une douche à l'italienne. Entre les deux, en guise de lavabo, une vasque ronde en grès qui reposait sur une armoire en bois exotique. Deux meubles du même bois complétaient le mobilier.

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    Derek ouvrit un de ces meubles et en retira le fameux sac en papier auquel il n’avait pas touché depuis le jour fatidique. C’est ridicule, ça n’a plus aucun sens, grogna-t-il en le tendant de mauvaise grâce à Meredith.

    Elle l’examina d’abord sommairement, ses yeux plissés s’écarquillant peu à peu en découvrant le contenu. Après avoir jeté un regard intrigué à Derek qui semblait tout penaud, ce qui la fit sourire malgré elle, elle retourna dans la chambre et alla se rasseoir sur le lit. D’une main dont elle s’efforçait de maîtriser le tremblement – ma pauvre fille, tu es débile de t’affoler pour si peu – elle commença à retirer les objets un à un. Une brosse à dents, un tube de dentifrice, du shampoing, des produits de beauté et de soin pour le visage et pour le corps et deux grands flacons de parfum, "Coco Mademoiselle" et "Miss Dior". Elle ne les connaissait pas, mais le nom de leurs créateurs, de célèbres couturiers français, évoquaient pour elle le luxe et le chic parisien.

    Installé en face d’elle, sur la chaise, Derek la regardait faire, le ventre noué par l’angoisse. Il s’attendait à la voir éclater de rire devant l’absurdité de son présent. Ah il était joli, le cadeau ! Des produits d’hygiène corporelle ! Il repensa à l’excitation qu’il avait ressentie le jour où il les avait achetés, à son envie de voir la fin de la journée arriver rapidement, pour pouvoir les offrir à Meredith et surtout lui expliquer ce que cela signifiait pour lui. Maintenant, ce n’était plus que de banals produits achetés dans un drugstore de quartier. Le geste avait perdu toute signification. Sa connerie et sa lâcheté avaient tout gâché. C’est grotesque, marmonna-t-il. C’est même risible.


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Mardi 16 Juillet à 21:23

    J'adore la salle de bains de Derek, je veux la même !!!!!

    Je suis un peu surprise par le "cadeau" que Derek a fait à Meredith, je ne m'attendais pas à ça. Mais je comprends l'intention même si il allait la manifester d'une façon un peu bizarre 

    2
    Mdbailey
    Mardi 16 Juillet à 21:44
    Il est plus du tout sûr de lui. Mais c'est mignon
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