• CHAPITRE 953

    A peine Meredith avait-elle coupé le contact qu’elle bondit hors de la voiture. Avec Taylor, elle venait de passer deux heures qui lui avaient parues interminables, dans les magasins de Santa Rosa, afin de trouver une tenue pour l’enterrement de Momsy. D’habitude, elle appréciait ces petites escapades en ville, mais celle-ci avait été une véritable corvée. Maintenant, elle était impatiente – oui, impatiente était le mot, et elle en était la première étonnée – de retrouver Derek. Ils étaient restés longtemps, en-dessous de l’arbre, à discuter de tout et de rien, et elle s’était surprise à rire aux éclats lorsque Derek avait évoqué quelques-uns des mauvais tours que Mark et lui avaient joués à Momsy. Lorsque Taylor était venue la chercher pour la séance de shopping, Meredith avait eu beaucoup de mal à s’arracher à son banc. A présent qu’elle était de retour, elle n’avait rien de plus pressé que de retrouver Derek et de reprendre leur conversation là où ils l’avaient laissée. Elle se rua dans la maison, avec Taylor sur les talons, et s’arrêta net dans l’entrée, en entendant un rire féminin qu’elle ne connaissait pas. Après avoir échangé un regard intrigué avec son amie, elle avança vers le salon d’où venait ce rire auquel répondait maintenant celui de Derek. Elle sentit aussitôt l’irritation la gagner. Elle fit son entrée dans la pièce d’un pas décidé et se raidit en découvrant la scène. Derek était assis sur le divan, avec à côté de lui une jeune femme qui lui avait posé une main sur le bras. Deux heures, deux petites heures, et Meredith le retrouvait déjà en train de faire le joli cœur.

    Les deux hommes se levèrent en la voyant entrer et Mark vint aussitôt vers elle. Ah Mer ! Il la prit par le coude et l’amena vers l’autre jeune femme qui s’était levée, elle aussi. En passant devant lui, Meredith jeta un regard carrément hostile à Derek qui haussa les sourcils d’étonnement. Elle détourna aussitôt la tête pour faire face à celle qui lui tendait la main avec un grand sourire. Une trentaine d’années, la silhouette élancée, des cheveux bruns coupés à la garçonne, discrètement maquillée, habillée simplement mais avec distinction, l’ensemble était des plus agréables et attestait d’un certain niveau d’aisance financière, ce qui ne fit qu’accroître l’énervement de Meredith. Elle eut à nouveau la sensation de ne pas pouvoir rivaliser. Mer, je te présente Lindsay, une amie d’enfance, annonça Mark avant de se tourner vers l’autre femme. Lindsay, voilà Meredith, une amie que nous avons connue à San Francisco.

    Enchantée de faire votre connaissance, dirent en chœur les deux femmes, sans aucune sincérité de la part de Meredith.

    Et la jeune demoiselle, là-bas, c’est la fille de la dame de compagnie de ma grand-mère, ajouta Mark en désignant vaguement Taylor à laquelle Lindsay adressa un léger signe de tête.

    S’lut, grommela l'adolescente, vexée d’être considérée comme une quantité négligeable. Pour bien marquer son dépit, elle alla se poster à sa place habituelle, la fenêtre d’où elle pouvait surveiller tout ce qui se passait à l’avant de la maison. Il était hors de question qu’elle se mêle à la conversation si c’était pour qu’on la traite comme une gamine.

    Lindsay se rassit et, en la voyant sourire de toutes ses dents blanches à Derek, Meredith pensa immédiatement à un requin. Elle n’était pas objective, elle le savait, mais en être consciente ne l’empêcha pas de ressentir une énorme aversion pour cette femme et la façon dont elle regardait son voisin. Elle alla s’asseoir à côté de Mark parce que cela lui offrait une vue imprenable sur l’autre couple. J’étais justement en train de dire à Mark et Derek comme j’étais heureuse de les revoir, lui expliqua Lindsay. Ce n’était pas du tout prévu que je vienne maintenant à Santa Rosa mais ma fille est tombée malade. Et comme je dois absolument aller demain à New York, je l’ai amenée chez ma mère. Le sourire rayonnant de Lindsay disparut pour faire place à une mine attristée que Meredith taxa intérieurement d’hypocrite. Et c’est là que j’ai appris pour Momsy. C’est un si grand malheur ! Lindsay poussa un long soupir tout en enveloppant Mark d’un regard plein de compassion. Alors, j’ai accouru pour venir présenter mes condoléances à Mark et – le chagrin disparut instantanément de son visage pour faire place à un sourire des plus radieux – surprise ! s’écria-t-elle. Je retrouve Derek, après toutes ces années. C’est fantastique, non ? Elle posa à nouveau sa main parfaitement manucurée sur le bras du chirurgien, qui ne réagit pas.

    Oh oui ! Une véritable aubaine ! déclara Meredith avec une ironie mordante dont elle ne se rendit pas compte, pas plus qu’elle ne vit les lèvres de Derek s’étirer en un petit sourire moqueur. Elle trouvait l’attitude de cette femme totalement indécente, compte tenu des circonstances. Comment osait-elle qualifier celles-ci de fantastiques alors qu’il s’agissait de la mort d’un être humain ? Mais je vous ai interrompus, fit-elle semblant de regretter. De quoi parliez-vous donc ? demanda-t-elle en se tournant vers Mark. Elle évitait soigneusement de s’adresser à Derek, de peur d’exploser. Il se pavanait tout sourire dans son canapé, manifestement heureux d’avoir retrouvé cette amie qu’il avait plus que certainement sautée. Une de plus ! se dit Meredith avec aigreur.

    Oh de choses et d’autres, répondit prudemment Mark qui avait perçu, depuis qu’elle s’était installée à côté de lui, à quel point elle était tendue et il ne fallait pas être particulièrement futé pour en comprendre la raison. De vieux souvenirs d’enfance, des trucs comme ça…

    C’était le bon temps, laissa tomber Derek, en souriant généreusement à Lindsay, tout en observant du coin de l’œil la réaction de Meredith. Il se sentit tout guilleret de la voir se raidir un peu plus. On était jeune, insouciant. Ce pique-nique… – il sourit plus largement encore – c’était vraiment un grand moment.

    Oh tu avais été vache tout de même ! lui reprocha gentiment Lindsay, en le couvant d’un regard à la fois amusé et indulgent. Le pauvre Arnie ! Elle se mit à rire et Meredith eut envie de la gifler. Cette conversation mystérieuse, tout en allusions, qu’eux seuls pouvaient comprendre, l’énervait au plus haut point. Elle avait la désagréable impression que Lindsay le faisait exprès, pour lui faire sentir qu’elle était de trop. Oh et ce barbecue, quelques jours après, chez Janice…


  • Commentaires

    1
    Mdbailey
    Jeudi 13 Juin à 20:53
    2pas en avant 10 en arrière. Elle est jalouse donc espérant que maintenant la grande explication arrive bientôt
    2
    Butterfly
    Jeudi 13 Juin à 21:58

    Sa jalousie est un bon signe, ça veut dire qu'elle l'aime encore.

    En revanche Derek il abuse. Vu le contexte il pourrait s'abstenir de faire le joli coeur avec cette Lindsay 

    • Nom / Pseudo :

      E-mail (facultatif) :

      Site Web (facultatif) :

      Commentaire :


    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :