• CHAPITRE 952

    Derek se tourna vers Meredith en secouant la tête. Non, ce n’est pas de la jalousie. Mark a toujours su qu’il avait une place à part dans le cœur de Momsy. Ce qui se passe, c’est qu’à chaque fois qu'il voit Jackson, il pense à ce qui est arrivé à son père. C’est après la naissance de Jackson qu’Andrew a plongé dans la dépression, et qu’il s’est mis à boire. Alors, Mark se dit si que sa mère n’avait pas eu cet enfant, les choses auraient été différentes. Pour lui, Jackson est en quelque sorte responsable de la mort de son père.

    Meredith eut un léger sursaut. Mais c’est dégoutant ! s’indigna-t-elle, prenant garde toutefois de ne pas parler trop fort, pour ne pas être entendue du jeune métis qui travaillait toujours devant les écuries. Jackson n’était qu’un enfant. Il n’y pouvait rien, le pauvre.

    Je sais. Derek soupira. Andrew Sloan était un homme charmant mais c’était un faible. Plutôt que d’essayer de s’en sortir, il passait des journées entières à pleurer sur son sort, avec toujours un verre à la main. Le nombre de fois où Mark l’a retrouvé complètement bourré… Il n'était qu'un ado, ça n'était pas facile à vivre. Malgré tout, il adorait son père. Et quand celui-ci est mort, ça a été très dur pour lui. Le chirurgien plongea ses yeux dans ceux de Meredith. Tu vois, parfois, quand tu vis un drame, que c’est trop difficile à accepter, tu as besoin de trouver un coupable.

    Elle flaira que ces mots, qui semblaient coller parfaitement à l’histoire de Mark, avaient un sens caché, qui concernait le passé de Derek. Puisqu’ils en étaient à se lancer des messages subliminaux, elle n’allait pas se priver. Je veux bien, Derek, mais si tu as besoin d’un coupable pour te sentir mieux, autant prendre le bon ! Je ne sais pas si la vengeance soulage – son expression traduisait très clairement qu’elle en doutait – mais s’il faut vraiment en passer par là… autant s’en prendre à la personne qui vous a fait du mal, pas à un pauvre innocent qui a eu comme seul tort d’être là au mauvais moment. Elle lut dans le regard de Derek que son discours avait fait mouche.

    Tu as mille fois raison, murmura Derek, rongé par le remords. Le problème, c’est qu’on ne se rend compte de ça qu’après. Quand on est en colère…

    Meredith lui coupa sèchement la parole. Oh ne me parle pas de colère, Derek ! Je sais ce que c’est, crois-moi. Pourtant, je n’ai jamais pensé que cette colère me donnait le droit de blesser mon entourage.

    Meredith, gémit-il. Je ne…

    Elle devina qu’il allait profiter de l’occasion qu’elle venait de lui donner, sans trop y réfléchir, pour tenter à nouveau de discuter de leur situation. Je te parle de Mark, là, se dépêcha-t-elle de préciser, tout en détournant le regard pour ne pas croiser les yeux désespérés qui se posaient sur elle. Dans cette histoire, la seule coupable, c’est sa mère. Alors, c’est moche qu'il fasse payer Jackson pour une faute qu’il n’a pas commise. Il n’a pas demandé à naître, lui, et il n’a pas choisi ses parents non plus. Tu devrais le dire à Mark.

    Derek eut mal de se sentir rejeté une fois de plus. C’était comme si elle niait leur histoire et ce qu’ils avaient été l’un pour l’autre. Je le lui ai déjà dit, Meredith, lui apprit-il avec un ton plus cassant qu’il ne l’aurait voulu. Il était tellement frustré. Pas plus tard qu’il y a une demi-heure.

    Eh bien, répète-le-lui ! lui asséna-t-elle sans se laisser impressionner par sa soudaine mauvaise humeur. Toi, il t’écoutera. Il t’écoute toujours. Elle s’adoucit aussi soudainement qu’elle s’était énervée. Il est tout seul maintenant. Bien sûr, tu es là mais… Jackson est son frère. Il est sa seule famille. C’est important, la famille, Derek.

    Tout dépend de la famille, allégua-t-il sur un ton plein de colère. Il le regretta aussitôt. Il n’avait pas le droit de se montrer dur avec elle, déjà à cause de ce qu’il lui avait fait, et aussi parce qu’elle ne pouvait pas avoir la moindre idée de ce que c’était que de grandir au sein de familles telles que lui et Mark les avaient connues. Excuse-moi. Tu as raison pour Mark et Jackson. La famille, c’est important. J’essaierai de raisonner Mark, promit-il.

    Meredith le remercia d’un sourire et il se sentit fondre devant tant de beauté. Tout à coup, il vit une coccinelle qui atterrissait sur les cheveux blonds de la jeune fille. Attends, ne bouge plus. Il posa son index devant le coléoptère, attendant patiemment qu’elle monte dessus.

    Mais qu’est-ce que tu… ?

    Chuuuut ! souffla-t-il doucement. Il retira son doigt et montra l’insecte rouge à pois noirs à son amie. Tu sais ce qu’on dit à propos des coccinelles ? se renseigna-t-il avec un sourire facétieux. Meredith secoua la tête. On dit que celui qui aperçoit une coccinelle doit se dépêcher de faire un vœu, pour qu’elle l’emporte au ciel avec elle, lui apprit Derek en ne quittant pas la bête des yeux. Comme ça, on a plus de chances qu’il se réalise. Il releva la tête pour regarder la jeune fille avec adoration. Fais un vœu, Meredith.

    Et toi ? chuchota-t-elle, troublée par cette fièvre avec laquelle il la contemplait.

    Oh j’en ferai un aussi, susurra-t-il. Je ne vais pas laisser passer l’occasion, tu peux en être sûre. Les yeux plantés dans ceux de Meredith, il prononça son vœu intérieurement. Faites qu’elle m’aime encore assez pour me pardonner et que tout redevienne comme avant, parce que je ne peux pas vivre sans elle.

    Faites que je trouve la force de lui pardonner et que tout redevienne comme avant, parce que je l’aime plus que tout, se dit Meredith en y mettant toute la force de sa conviction. La coccinelle s’envola et ils la suivirent du regard tandis qu’elle montait vers le ciel, emmenant avec elle leur plus grand espoir.


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Jeudi 13 Juin à 21:55

    Ils sont mignons avec leurs voeux ^^

    • Nom / Pseudo :

      E-mail (facultatif) :

      Site Web (facultatif) :

      Commentaire :


    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :