• CHAPITRE 812

    Préoccupé par le sort de Meredith, Derek fit son entrée dans le grand hall de la clinique sans même remarquer le groupe des infirmières qui pouffaient à la lecture d’un magazine people qu’elles se passaient de mains en mains. L’air soucieux, le chirurgien prit l’ascenseur sous les yeux ébahis du personnel qui n’en revenait pas d’une telle mansuétude. Les potins sur les célébrités furent aussitôt oubliés au profit d’une discussion animée sur le changement d’attitude du chef de la neuro. S’arrêtant à l’étage du service de chirurgie plastique, Derek se dirigea aussitôt vers le bureau de Mark et y entra sans même s’annoncer. Il se laissa tomber plus qu’il ne s’assit dans le fauteuil, sans dire un mot, l’air contrarié. Mark, qui était en train d’ouvrir son courrier, releva la tête de sa pile de lettres et le regarda avec un petit sourire moqueur. Tu en fais une tête. C’est parce que les vacances sont finies et que tu dois reprendre ton petit cartable ?

    Derek l’interrompit sèchement. Meredith est rentrée chez elle. Alors, tes plaisanteries…

    Elle est rentrée chez elle ? répéta Mark, le sourcil froncé. Vous vous êtes disputés ?

    Mais non ! Qu’est-ce que tu imagines encore ? bougonna Derek. Ça n’a rien à voir avec nous. Elle a simplement estimé qu’il était temps pour elle de rentrer. Et de reprendre le travail à la boutique aussi. Je viens de la déposer. Il poussa un profond soupir de dépit, regrettant déjà de ne pas avoir fait plus pour la faire changer d’avis. S’il avait insisté, peut-être aurait-il réussi à la convaincre qu’il était trop tôt, qu’elle n’était pas prête à rentrer chez elle, pas prête à voler de ses propres ailes… pas prête à se passer de lui.

    Il fallait s’y attendre, se contenta de dire Mark. Il ne pouvait pas avouer à son ami qu’il était au courant des intentions de Meredith, même s’il n’avait pas imaginé qu’elle les mettrait à exécution aussi rapidement. Connaissant Derek, il n’apprécierait pas que sa petite amie ait réservé la primeur de l’information à un autre que lui.

    Oui, mais c’est tôt, beaucoup trop tôt. Derek se releva subitement. La boutique, Mark ! Ça me rend malade ! C’est là que ce salaud… que tout est arrivé. Je sais qu’elle y est déjà retournée mais – il secoua la tête – elle n’y était restée qu’un moment et tu étais avec elle. Cette fois, elle va y passer la journée et elle sera seule. Je ne sais pas comment elle va réagir. Se retrouver là-bas…

    Et ce matin, comment ça s’est passé ?

    Je ne sais pas. Je n’y suis pas allé.

    Tu ne l’as pas accompagnée ? s’étonna Mark.

    Derek jeta les yeux au ciel. Bien sûr que si ! Mais je ne suis pas entré avec elle.

    Mark prit un air désapprobateur. Tout de même, mec, tu aurais pu…

    Si j’avais pu, je l’aurais fait, rétorqua violemment Derek, qui n’appréciait pas le jugement de son ami. Mais c’est elle qui a refusé et je n’ai pas voulu m’imposer.

    C’est bien la première fois, marmonna Mark.

    Mais que voulais-tu que je fasse ? s’emporta Derek. Que je lui rende la situation plus pénible qu’elle ne l’était déjà ? Soudainement abattu, il revint se rasseoir. Je lui ai fait promettre qu’au moindre problème, elle me préviendrait. Et dès que j’ai un moment de libre, je vais aller là-bas, bien entendu.

    Ouais, bonne idée, répondit Mark. Moi aussi, j’irai la voir, pensa-t-il. Et si jamais les deux garces lui ont fait quoi que ce soit, je fous le feu à leur boutique. Ça devrait bien se passer, reprit-il à voix haute. Ça va bien se passer, rectifia-t-il, plus pour se convaincre lui-même que pour rassurer son ami. Que veux-tu qu’il lui arrive ? L’autre salopard n’est plus là. Quant aux filles… Mark haussa les épaules. Elles sont connes et leurs paroles peuvent être du vrai venin, mais – il eut un sourire attendri – Mer saura se défendre. Elle n’est plus la petite provinciale timorée des débuts.

    J’espère que tu as raison. Peu convaincu, Derek soupira. C’est vrai qu’elle a changé mais… Il fit une grimace. Elle est fragile, Mark, terriblement fragile. Un moment, elle est bien et la seconde d’après… Avec nous, ça va. Elle a confiance en nous, elle sait que nous ne lui ferons pas de mal. Mais avec les autres… Sa mâchoire se serra. Un rien pourrait suffire à la faire craquer. Et je ne pense pas qu’aux deux mégères. Une remarque désagréable d’un client, un geste mal interprété, une porte qui claque… Un petit rien et elle revient à la case départ. Oublié le travail qu’elle a fait pour nous, oublié la confiance qu’elle a retrouvée, oublié… Il se tut soudain, ne voulant plus évoquer devant Mark son intimité retrouvée avec Meredith. Oui, oublié le plaisir qu’elle avait éprouvé dans ses bras et qu’elle avait qualifié de renaissance. Et oublié lui aussi peut-être. Et ça, il ne pouvait même pas l’imaginer. Il faut absolument que je la sorte de cette boutique de malheur, éructa-t-il. Il faut que je lui trouve autre chose. Et il faut aussi que…

    Que tu te calmes ! s’exclama Mark en se levant à son tour pour aller à la fenêtre et regarder en direction des toits du Sweet Dream. Parce que là, tu me stresses ! Il fit volte-face. Et franchement je n’ai pas besoin de ça. Dans une demi-heure, j’ai une mammoplastie et je crois que ma patiente préfèrerait que je ne rate pas mon coup. Je suis un bon chirurgien, un excellent même, s’exclama-t-il, le doigt levé en l’air. Mais si je suis stressé et que je pense à autre chose, je vais faire des conneries. Alors arrête. Il se plaça derrière son ami et lui posa une main sur l’épaule. Meredith est une grande fille, elle sait ce qu’elle fait. Si elle est retournée à la boutique, c’est parce qu’elle était prête, Derek. Fais-lui un peu confiance, aussi.

    Je lui fais confiance, plus qu’à moi-même, murmura Derek. J’ai peur pour elle, c’est tout.

    Oui, ben, c’est pas la peine, grogna Mark. On est là. Et elle sait que si quelque chose ne va pas, elle peut compter sur nous.

    Oui, mais j’aimerais autant qu’elle ne doive pas compter sur nous. Cela voudrait dire que tout va bien. Derek se releva. Comme je voudrais encore être à Aspen, soupira-t-il en pensant aux heures fabuleuses qu’il avait passées avec Meredith au bord de la piscine. Le souvenir était tellement vivace qu’il eut l’impression d’entendre son amie gémir à son oreille comme elle l’avait fait cette nuit-là

    Ouais, moi aussi, murmura Mark, le cœur battant soudain plus vite au souvenir des moments merveilleux de complicité qu’il avait passés avec la jeune femme. Il se reprit très vite sous le poids du regard étonné de Derek. La neige me manque déjà. Là, je vais devoir à nouveau m’occuper de toutes ces gonzesses frustrées et de leurs nichons

    Derek sourit. Bah, moi, les cerveaux, c’est pas mieux. D’ailleurs, il faut que j’aille vérifier mon planning. Il se dirigea vers la porte. On pourrait peut-être déjeuner là-bas, ce midi.

    Oui bien sûr, promit Mark, tout en sachant qu’il ne pourrait pas attendre aussi longtemps avant d’aller constater par lui-même que tout allait bien à la boutique. Je viens avec toi. J’ai deux interventions ce matin. Les deux hommes sortirent du bureau et se dirigèrent d’un même pas vers les ascenseurs.


  • Commentaires

    1
    Nolcéline 97234
    Dimanche 30 Décembre 2018 à 18:10

    Bonsoir à tous , 

    Merci pour ce numéro 812;

    Je ne suis pas sûre que la visite des deux médecins fasse plaisir aux jeunes femmes pas plus qu'Alex.

    Bonne soirée de dimanche à tous. 

     

    • Nom / Pseudo :

      E-mail (facultatif) :

      Site Web (facultatif) :

      Commentaire :


    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :