• CHAPITRE 787

    Mark ne fit rien pour retenir son amie parce qu’il avait besoin d’être seul. Il se sentait mal pour plusieurs raisons. Depuis que Meredith et Derek avaient quitté le salon, pas un seul éclat de voix ne s’était fait entendre. Et comme ni l’un ni l’autre n’était revenu, cela voulait tout dire. Mark n'était pas surpris. Malgré tous les ressentiments que Meredith avait exprimés, il avait toujours su que, sitôt que Derek réapparaîtrait, pour autant qu’il le veuille, la jeune fille lui retomberait dans les bras. Elle n’était pas de taille à résister au numéro de charme que lui ferait son amant. Et dès que celui-ci était entré dans la pièce, Mark avait eu la confirmation que les potentielles conséquences de leur nuit d'amour et leur dispute matinale n'avaient rien changé aux sentiments que ses amis se portaient. Et pourtant… Avec Meredith, Mark avait parfois l’impression qu'un sentiment autre qu'amical pouvait naître. C’était ténu et léger comme un fétu de paille et pourtant, c’était bien réel, du moins le percevait-il ainsi. Jamais elle ne le repoussait quand il la prenait dans ses bras ou quand il avait des gestes tendres envers elle. Elle semblait même les rechercher parfois. Cependant, Mark n’avait aucune certitude puisque dans la bouche de la jeune fille, il n’y avait jamais que des mots d’amitié. Toutes ces interrogations se bousculaient dans sa tête jusqu’à lui donner la migraine. A cela s’ajoutait la culpabilité qu’il ressentait envers Derek. Il ne pouvait plus s’abuser maintenant, il était bien loin des fantasmes dont il pouvait prétendre que, secrets, ils n’indisposaient personne. Ce qui n’était au début que des rêves érotiques s’était mué en un sentiment amoureux fort et sincère. Désespéré, il fit quelques pas jusqu’à la fenêtre, espérant que le spectacle des derniers skieurs sur la piste l’éloignerait de ses sombres pensées. Le silence qui régnait dans la pièce lui permit d’entendre les pas de Murphy qui trottinait pour le rejoindre. Il s’agenouilla et le regarda venir vers lui avec un sourire attendri. C’est bien, mon gros, c’est même très bien. Il le prit dans ses bras et mit son museau devant la fenêtre. Tu veux regarder, toi aussi ? Mais Murphy se montra fort peu intéressé par ce qui se passait au dehors, préférant se tendre vers son sauveur pour essayer de lui lécher la bouche. Mark eut un petit rire triste en le repoussant. C’est bon, mon vieux. Je suis peut-être désespéré mais je n’en suis tout de même pas encore réduit à me faire embrasser par un chien. Pour distraire l’animal, il lui gratta le dessous de la gueule. T’aimes ça, hein canaille ! Murphy jappa en guise d’approbation. Oui, t’es comme moi, t’aimes bien qu’on te tripote. Mark continua un peu en regardant au dehors, avant de revenir installer le chien dans son panier. Si tu veux un conseil, ne tombe jamais amoureux. Parce que, franchement, c’est pas une partie de plaisir, soupira-t-il. En se rasseyant dans le fauteuil, il aperçut son téléphone qui gisait sur la table. Cela lui rappela l’appel qu’il avait reçu plus tôt au sujet de sa grand-mère. Il éprouva tout à coup le besoin de parler à la vieille dame qui avait fait de son mieux pour égayer sa triste jeunesse. Il prit le téléphone et composa le numéro du ranch de Santa Rosa.

    Allo ? répondit une voix rauque à l’autre bout du fil.

    Mark sentit son cœur se gonfler de tendresse en entendant la voix fatiguée de sa grand-mère. C’est moi, Momsy… C’est Mark.

    Je sais bien que c'est toi, mon poussin, répondit la vieille femme. Je reconnaitrais ta voix entre mille.

    Momsy ! Ne m’appelle pas mon poussin, geignit Mark. A mon âge, c’est ridicule. Pourtant, quoiqu’il en dise, il était heureux d’entendre ce surnom qui était synonyme de tellement d’amour.

    Peu importe ton âge, tu seras toujours mon petit poussin, déclara Momsy dont le plaisir d’entendre son petit-fils transparaissait dans son intonation. Je suis contente que tu m'appelles. Ça faisait longtemps maintenant, lui reprocha-t-elle gentiment.

    Oui, je devrais t’appeler plus souvent, mais tu sais bien… le travail, prétexta-t-il tout en sachant que l’excuse n’était pas bonne. Il s’en voulut d’avoir négligé son aïeule parce qu’il n’avait pas voulu trouver le temps nécessaire pour ne pas le faire. Comment tu vas ?

    Momsy soupira. Bah que veux-tu, mon chéri ! A mon âge, ma vie est plutôt derrière moi que devant. Je vais sur mes quatre-vingts ans, alors, tu sais…

    Et quoi ? s’exclama Mark. De nos jours, il y a énormément de gens qui ont plus de quatre-vingts ans et ils sont encore en pleine forme.

    Peut-être mais ils n’ont pas un cœur comme le mien, rétorqua Momsy avec un petit rire.

    Inquiet, Mark se releva. Qu’est-ce qu’il a, ton cœur ? Frances ne m’a pas absolument pas parlé de ça. Si tu as des problèmes de cœur, il faut que tu consultes un spécialiste. Je vais te prendre un rendez-vous chez un confrère et…

    Sa grand-mère lui coupa la parole. Pour qu’il me dise la même chose que tous ceux que j’ai déjà vus ? Pas la peine ! Plus personne ne peut plus rien pour moi, mon petit. Assommé par la nouvelle, Mark se lassa retomber dans le fauteuil, les larmes aux yeux. Mon heure va bientôt sonner, poursuivit Momsy. Mais ça ne me fait pas peur ; c’est dans l’ordre des choses. Et puis, j'ai bien vécu alors, je n'aurai pas de regret. Non, la seule chose qui me chagrine, c’est de savoir que, lorsque je ne serai plus là, tu seras tout seul, mon poussin. 

    Malgré sa peine, Mark sourit. Voilà à peu près dix ans qu’il entendait le même discours. Si sa grand-mère chevauchait encore son cheval de bataille favori, c’est qu’elle n’allait pas si mal. Je ne suis pas tout seul, je t’assure, Momsy. Au contraire, je suis très entouré.

    Oh ça, oui, tu es très entouré. Mais par qui ? ironisa la vieille dame. Les roulures que tu enfiles entre deux interventions ? Tu parles d’un entourage !

    Mark sourit en entendant ce langage châtié qui était la marque de fabrique de Momsy et dont il avait hérité. Avec eux, il fallait appeler un chat un chat. Il se retint de rire en se souvenant des mines épouvantées des mères de ses petits camarades d’école, quand elles rencontraient sa grand-mère. Momsy ! Ce n’sont pas des roulures, juste des femmes qui aiment bien le sexe, objecta-t-il.

    Oh mais mon petit ! Ce n’est pas qu’elles aiment le sexe qui me gêne, assura sa grand-mère. J’ai aimé ça, moi aussi, et crois-moi que j’en ai bien profité, et même bien avant de rencontrer ton grand-père. Mais ces filles-là, le problème, c’est qu’elles se partagent entre toi et le petit Shepherd. Comme celle avec qui je vous avais trouvés un jour à Pacific Heights. Comment elle s’appelle encore ?


  • Commentaires

    1
    Nolcéline 97234
    Vendredi 5 Octobre à 20:31

    Bonsoir à tous, j' aime bien la grand-mère de Mark elle m' a fait rire. J'espère qu' elle ira mieux bien qu' elle semble dire le contraire je le souhaite sincèrement parce que malheureux en amour il ne manquerait plus qu' un chagrin de plus vienne se rajouter avec le décès de sa grand-mère. 

    En parlant de cette dernière je ne pense pas qu' elle parle de Meredith qu' elle n' a pas eu l' occasion de rencontrer elle parle de Callie je pense ? Bon vendredi soir et bon week-end à tous. 

    2
    Butterfly
    Vendredi 5 Octobre à 22:39

    Ah elle dit les choses clairement la mémé de Mark smile

    Je pense aussi qu'elle vise Callie dans sa dernière phrase. A mon avis, elle ne l'apprécie pas beaucoup 

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