• CHAPITRE 773

    Ils s’installèrent au fond de l’établissement et commandèrent un café pour lui, une eau pour elle. Quand ils furent servis, Meredith s’empressa de retirer la boite de médicaments de son sac. Elle la déchira pour en extirper la pilule qu’elle avala avec une gorgée d’eau avant d’ouvrir grand la bouche en tirant la langue à son ami. Tu es témoin, je l'ai prise, lui fit-elle remarquer avec une certaine acrimonie. Tu pourras le dire à ton pote, comme ça, il arrêtera de me soupçonner de vouloir lui faire un enfant dans le dos.

    Arrête, Mer. Mark posa la main sur celle de la jeune fille. Je suis certain que ce n'est pas ce qu'il pense. Il est maladroit mais il n’est pas méchant et il a confiance en toi.

    Ouais. Parlons d’autre chose. Elle regarda autour d’elle avec curiosité. C’est sympa ici. Tu étais déjà venu ?

    Mark regarda vaguement autour de lui. Peut-être. Je n'sais plus.

    Et hier, tu es sorti où ?

    Hou là ! Si tu crois que je m’en souviens !

    Meredith secoua la tête. Je ne vois pas l'intérêt de boire au point de ne pas se souvenir de ce qu'on fait.

    Mark haussa les épaules. Tu ne peux pas comprendre. J’en avais besoin pour me changer les idées, pour ne plus penser à certaines choses. Il se tut, résolu à ne pas en dire plus, pour ne pas en arriver à devoir donner des explications qui ruineraient leur relation.

    Meredith fit une moue dubitative. Et ça a marché ?

    Sur le moment même, oui, affirma Mark. C’est tout ce que je voulais. Me saouler assez pour m’amuser un peu, sauter la première venue et ne plus m’en souvenir aussitôt après. Mission accomplie !

    N'empêche que tu en es au même point, répliqua Meredith. Les choses auxquelles tu ne voulais plus penser sont toujours là. Te saouler et coucher avec des inconnues ne t'aidera pas à résoudre tes problèmes, quels qu'ils soient.

    Oui, maman, répondit Mark sur un ton moqueur. Plutôt que de faire mon procès, dis-moi plutôt ce que tu as envie de faire aujourd’hui. Shopping ? Cinéma ? Ou du ski ?

    On peut aller skier, dit Meredith, plus pour lui faire plaisir que par réelle envie. Puisqu'il avait sacrifié sa journée pour lui tenir compagnie, elle estimait normal de se sacrifier à son tour en pratiquant un sport dont elle n'était pas fan mais que lui adorait. Elle posa toutefois une condition. Mais je ne veux pas tomber sur Derek. Il croirait que je lui coure après et je ne veux pas lui donner cette satisfaction. Alors, je veux bien aller skier mais pas là où il est.

    Mark lui sourit. T'en fais pas, j'y avais déjà pensé. Tu peux être sûre qu’il est à Aspen Highlands, c’est là qu’il y a les plus belles pistes, les plus difficiles. Nous, on n’aura qu’à retourner à Buttermilk. C'est l'endroit idéal pour les débutants. Comme ça, on pourra parfaire ta formation.

    D'accord.

    Le temps de terminer leurs consommations et ils étaient dehors, cheminant vers le loueur de skis. Une fois qu’ils eurent chaussé leurs skis, Mark rappela à Meredith les principes de base et lui fit refaire les mouvements qu’elle avait appris deux jours plus tôt. Rassuré de voir que son élève n’avait rien oublié de ses premières leçons, il l’emmena sur une piste qu’il descendit avec elle, adaptant son allure à la sienne, autant pour surveiller sa progression que pour veiller à sa sécurité. De son point de vue, les pistes étaient remplies d’abrutis qui, se croyant doués, les dévalaient à toute vitesse, faisant même des acrobaties, sans se préoccuper de la sécurité d’autrui. A chaque fois que Mark voyait arriver un de ces énergumènes, il se mettait entre lui et Meredith, prêt à lever son stick sur l’agresseur si jamais il s’approchait trop. Cela amusa la jeune fille autant que cela l'attendrit. Mark était vraiment un ami fidèle et comme professeur, il faisait preuve d'une patience d'ange, ne rechignant pas à répéter encore et encore les conseils ou les gestes afin qu'elle améliore sa technique, n'élevant jamais la voix quand elle faisait une erreur et la félicitant abondamment quand elle avait descendu une piste sans encombre. Elle lui était d'autant plus reconnaissante qu'elle devinait que cela devait être ennuyant pour lui de skier à ses côtés alors qu’il avait un niveau lui permettant d'affronter les pistes plus extrêmes. Pourtant, quand elle lui proposa de changer de station pour qu'il puisse se défouler, tandis qu'elle l'attendrait à une terrasse, il refusa catégoriquement, lui assurant que ce n'était pas du tout une corvée de rester avec elle, mais au contraire un réel plaisir.

    En début d’après-midi, la faim commença à tenailler le moniteur improvisé. Malgré le manque d'appétit de son amie, ils se rendirent dans un petit restaurant en bord de piste, où ils déjeunèrent d’un hamburger et de frites. En le regardant se régaler d'un mets aussi simple, Meredith ne put s'empêcher de faire la comparaison avec Derek. D'un côté, le bon vivant qui appréciait autant les restaurant étoilés que les fast food et qui adorait la malbouffe, de l'autre, l'amateur de restaurants sélects qui prônait tellement la diététique qu’il se privait parfois des plaisirs alimentaires de la vie. La faute à sa mère, avait dit Mark. Meredith eut le sentiment que la nourriture n'était pas le seul domaine dans lequel Derek avait été traumatisé par son éducation et que la clé de son comportement se trouvait dans cette enfance qui ne semblait pas avoir été heureuse.

    Après le repas, les deux amis, amollis par la nourriture grasse et la chaleur que leur avaient dispensé les rayons du soleil, réalisèrent qu'ils n'avaient plus vraiment envie de skier. Après s'être concertés, ils décidèrent de revenir en ville pour s’y promener un peu avant de rentrer et profiter encore de leur tranquillité avant que leurs amis ne reviennent à leur tour. Après avoir cheminé à leur aise dans les rues commerçantes, s’attardant parfois devant quelques boutiques d’antiquités, où une fois encore Mark épata Meredith par son bon goût et ses connaissances en la matière – décidément il était bien loin du rustre pour lequel il se faisait trop souvent passer – ils arrivèrent enfin devant la maison.


  • Commentaires

    1
    Nolcéline 97234
    Jeudi 13 Septembre à 21:25

    Bonsoir à tous, Mark est un ami fidèle oui mais il ne se comporte pas comme ça avec elle que par pure amitié et ne serait-ce que ça je trouve que leur relation est un peu faussée. Le mot est peut-être un peu fort. Je ne suis pas sûre que la jeune femme apprécierait si elle connaissait les réelles motivations de son ami fidèle.

    Le retour à la maison elle va devoir affronter son petit ami j' espère qu'ils vont pouvoir s' expliquer et s' excuser surtout. Bonne soirée en ce quatrième jour de la semaine.

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