• CHAPITRE 1111

    Mark bondit de son banc. T’es con ou quoi ? fustigea-t-il son camarade. Qui parle de mourir ? Il alla claquer bruyamment la porte de son casier qu’il avait laissée ouverte. Tout ce que tu as à faire, c’est de lui faire un moutard. Y a des trucs plus rébarbatifs que ça ! Enervé, il rouvrit son casier et y prit sa tenue qu’il jeta sur le banc. Si ça te pose un problème, je m’en chargerai !

    Ce n’est pas de faire un enfant qui me pose un problème ! répliqua sèchement Derek. C’est de l’élever !

    T’auras qu’à laisser faire Meredith, décréta Mark en commençant à déboutonner sa chemise.

    Derek leva les yeux au ciel. Ce n’est pas aussi simple que ça, Mark ! Il ne se sentait guère la fibre paternelle mais il estimait que lorsqu’on avait un enfant, on n’avait pas le droit de se décharger de toutes ses responsabilités sur une tierce personne, fut-elle l’autre parent. Il avait trop souffert de l’indifférence des siens que pour vouloir infliger ça à quelqu’un d’autre. Donc, si enfant il y avait, il devrait l'aimer et s'impliquer dans son éducation, deux choses qu'il n'était vraiment pas certain d'être capable de faire, tout en sachant avec certitude que l'échec ne lui serait pas permis car Meredith ne lui pardonnerait jamais de ne pas être à la hauteur dans ce domaine. Tu as déjà pensé à avoir des enfants, toi ? demanda-t-il soudain. Bien que Mark soit son meilleur ami, ils n’avaient jamais abordé sérieusement ce sujet. Ils n’avaient toujours évoqué l’éventualité d’une paternité que comme le pire des problèmes qui pouvait leur arriver, une calamité qu’il fallait à tout prix éviter.

    Mark se laissa tomber lourdement sur le banc en soupirant. Oui, une fois, avoua-t-il avec un sourire triste. Enfin, vaguement. Je me suis dit que je pourrais peut-être l'envisager. Avec une certaine personne. Laisse tomber, ajouta-t-il rapidement pour répondre au regard à la fois interrogateur et surpris de Derek. L'idée m'a effleuré un instant mais ça m'est vite passé. Son ami était vraiment la dernière personne à qui il pouvait confier que quelque temps auparavant, il avait ressenti une telle passion pour Meredith qu’il était allé jusqu’à projeter de devenir le père de ses enfants. Malheureusement, ce désir n’était pas partagé et il avait bien dû se résoudre à y renoncer. Depuis, il avait l’impression d’avoir perdu la chance de sa vie et il en éprouvait un terrible sentiment de vide. C’est pourquoi il trouvait totalement incompréhensible que Derek fasse la fine bouche. Franchement si tu as des enfants avec Meredith, ce ne sera pas un drame, assura-t-il en retirant sa chemise. Ça pourrait même être sympa. Imagine si tu as une petite fille qui ressemble à sa mère !

    Et si elle ressemble à la mienne ? laissa tomber Derek en relevant vers son ami des yeux pleins de désespoir.

    Mark s’assit à côté de lui en soupirant. Voilà donc où se situait le problème ! Derek… Faut pas que tu te mettes ces idées en tête.

    Comment est-ce que je pourrais ne pas y penser, Mark ? s’écria Derek. Une mère névrosée. Un père psychopathe. Quel homme digne de ce nom voudrait transmettre de tels gênes à ses enfants ? Douze ans plus tôt, c’était ce même raisonnement qui l’avait amené à se promettre de ne jamais fonder de famille. Pour être honnête, cela n’avait pas été une décision difficile à prendre. En fait, il n’avait jamais eu réellement envie d’avoir des enfants. Il y avait seulement quelquefois vaguement pensé, surtout à l’époque de sa relation avec Abigail. Il s’était dit que cela leur arriverait sans doute un jour, parce que c’était logique, presque incontournable, quand on était dans une relation stable, tout en se demandant s'il était raisonnable de faire naitre un enfant au sein d'un couple dévoré par l'ambition comme Abigail et lui l'étaient. Est-ce que leur carrière leur laisserait le temps de s'occuper d'un enfant ? Les évènements avaient mis fin à ses interrogations. Motivé autant par la lourde hérédité familiale que par sa détermination à ne plus jamais aimer personne, il s’était juré que son nom de famille s’éteindrait avec lui. 

    Mark ne put s’empêcher de sourire devant l’exagération de son ami. Ton père était un vrai salopard mais ce n’était pas un psychopathe. Quant à ta mère, elle aurait été bien moins névrosée si elle avait été soignée.

    Peut-être, admit Derek du bout des lèvres. Mais même… ça ne me tente pas de soigner la maladie mentale de ma fille ou de réparer les dégâts que fera mon salopard de gamin.

    Hmm ! Mark réfléchit un instant. Moi, je me dis que si tes parents avaient eu la chance d’être élevés par Meredith, ils auraient été complètement différents. 

    Et moi ? l’interrogea Derek. Moi qui ai été élevé par eux, je pourrais reproduire le même schéma. Je pourrais haïr mes enfants, leur faire vivre un enfer, comme mes parents l’ont fait avec moi.

    Non, répondit Mark avec conviction. Non, ça n’arrivera pas, parce que tu n’es pas comme eux. Il se releva et alla pendre sa chemise dans son casier.

    Tu en es sûr ? demanda Derek avec une certaine agressivité. Tu peux me le jurer ? Toute ma vie, je me suis entendu dire à quel point je lui ressemblais et…

    Tu n’es pas comme ta mère, l’interrompit Mark avec force. Et puis, les circonstances ne sont pas les mêmes. Tes parents… ils n’étaient pas faits pour être ensemble. Leur relation était toxique. Il y avait quelque chose entre eux qui les poussait à se détruire et à détruire tout ce qu’il y avait autour d’eux. Mais toi et Mer… On parle de Meredith Grey, ici, bon sang ! s’énerva-t-il soudain. Cette fille est tellement… Il n’en dit pas plus, de peur d’éveiller les soupçons de Derek. Regarde ce qu’on est devenu depuis qu’on la connait ! Toi, tu n’es plus cet homme froid et méprisant qui rêvait d’humilier toutes les femmes de la terre. Et moi… Il soupira longuement. Moi, j’ignore les avances d’une beauté de dix-sept ans alors que je n’ai qu’une envie, la mettre dans mon lit. On n’est plus des salauds et c’est grâce à Meredith. Elle nous a changés. Elle a le don de rendre les gens meilleurs, ajouta-t-il avec un petit sourire attendri. Il planta son regard dans celui de son ami sans chercher à dissimuler, cette fois, qu’il l’enviait. Elle t’aime, Derek. Sa voix s’étrangla subitement. C’est toi qu’elle a choisi, envers et contre tout. Alors, si elle veut des enfants, fais-les-lui. Ne laisse pas passer ta chance. Tu n’en auras pas d’autre comme celle-là.


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Dimanche 23 Février à 19:58

    Voilà ! Derek a dit clairement ce que tout le monde pense, c'est pas qu'il aime pas les enfants, c'est qu'il a peur de reproduire ce qu'il a vécu. Il devrait suivre une thérapie

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