• CHAPITRE 1091

    Il était déjà tard lorsque la Porsche arriva sur le parking du quai Liberty, à Sausalito. En effet, après avoir quitté le Whole Foods – Meredith aurait tout dévalisé si Derek ne l’avait pas freinée en lui rappelant que le principe du manger frais impliquait qu’on ne fasse pas de provisions pour une semaine, et qu’il valait mieux se réapprovisionner plus souvent – ils s’étaient arrêtés à la péniche, pour déposer leurs emplettes, avant de traverser le Golden Gate pour se rendre au Walmart de Brisbane, une petite ville située à dix minutes de San Francisco. Là, Derek lui ayant laissé carte blanche et crédit illimité, Meredith s’était fait plaisir en achetant ce qui, selon le vendeur, se faisait de mieux en matière de casseroles et de poêles, ainsi que quelques ustensiles comme, entre autres, un minuteur, une râpe et un hachoir. Ensuite, après avoir fait une pause dans un salon de thé où ils avaient dégusté des brownies au chocolat et noix de pécan, arrosés d’un délicieux cappuccino, ils étaient repassés par Nob Hill. Meredith avait fait à sa mère un bref résumé de leur soirée, en vantant surtout l’exposé de Derek auquel pourtant elle n’avait pas compris grand-chose, avant de relater dans le détail les aventures de cette journée de shopping. Anne Grey avait souri devant tant d’enthousiasme – elle se souvenait avoir éprouvé le même lorsque, à peine sortie de l’adolescence, elle s’était occupée d’aménager son nouveau foyer – tandis que Derek, toujours aussi mal à l’aise, se contentait d’approuver tout ce que disait sa petite amie par des signes de tête ou des mimiques. Il avait presque poussé un soupir de soulagement quand la jeune fille avait donné le signal du départ en rappelant que le diner n’allait pas se faire tout seul. Quitter San Francisco à l’heure de pointe n’étant pas une sinécure, il leur avait fallu presque deux heures pour revenir à Sausalito.

    Derek ouvrit le coffre de la voiture et en sortit deux sacs avec tout ce que Meredith avait jugé utile d’acheter pour compléter les achats faits chez Whole Foods, à savoir notamment des pâtes, des canettes de soda, des paquets de chips, de gâteaux et de bonbons. Tiens, voilà tes crasses, grommela-t-il. En dépit de ses protestations, avec la mise en évidence de tout ce que ces encas avaient de néfaste pour la santé – trop de sucre, trop de graisse, trop de sel, de dangereux agents conservateurs – Meredith était restée inflexible, arguant du fait que rien n’était mauvais du moment qu’on en usait avec modération.

    Tu seras bien content d’avoir mes crasses à te mettre sous la dent, quand tu regarderas la télévision, répliqua-t-elle en lui prenant les sacs des mains, afin de lui permettre de se charger des deux autres, nettement plus imposants, qui, eux, contenaient ce qui allait lui permettre de cuisiner décemment.

    On doit réviser, lui rappela Derek en actionnant le verrouillage central de la voiture. Alors, pas de télévision ! Il se baissa pour prendre les deux sacs qu’il avait posés au sol et commença à avancer. Donc y avait pas besoin d’acheter tout ça.

    Meredith leva les yeux au ciel en lui emboîtant le pas. Je ne vais pas réviser tous les soirs. Et même, depuis quand c’est interdit de s’octroyer un petit plaisir pendant qu’on étudie ?

    Derek tourna la tête vers elle avec un air moqueur. Tu m’excuseras mais question petit plaisir, je connais un tas de trucs bien plus tentants qu’un cookie industriel ou une barre chocolatée hyper calorique.

    Elle le toisa d’un air supérieur. Ah ouais ? Et je peux savoir quoi ? En voyant son regard coquin, elle comprit immédiatement ce dont il voulait parler. Mais t’es un véritable obsédé ! s’exclama-t-elle avec une lueur rieuse dans les yeux. J’ai jamais vu ça !

    Viens pas faire ta mijaurée ! riposta Derek. Tu craches pas dessus non plus. D’ailleurs, je te parie que ce soir…

    Meredith releva fièrement le menton. Ce soir, je révise, dit-elle sur un ton péremptoire. Avec ou sans toi !

    Derek ricana doucement. Mais oui, bien sûr.

    Bien sûr ! J’ai de la volonté, moi.

    De la volonté ? Il s’esclaffa. Il suffit que je me déshabille et tu ne sais plus comment tu t’appelles.

    Meredith tourna la tête lentement vers lui. Euh… moi, je ne dois même pas me déshabiller pour que tu sois dans tous tes états.

    Il éclata de rire. C’est vrai en plus !

    La jeune fille hocha la tête avec un air pénétré. Je sais, j’ai toujours raison.

    Derek adorait ces fausses chamailleries où tous deux endossaient un rôle pour essayer de damner le pion à l’autre. C’était d’autant plus amusant que Meredith faisait preuve d’un bel esprit de répartie. Quelle prétentieuse tu fais !

    Ces joutes verbales avaient ceci d’agréable qu’il n’y avait jamais ni perdant, ni gagnant. Ce n’était qu’un prélude à ce qui n’allait pas manquer de suivre dans quelques minutes, ou dans le cours de la soirée, Meredith le savait pertinemment. Pas prétentieuse ! Lucide tout simplement ! rétorqua-t-elle encore.

    Ils se turent en voyant trois jeunes gens avancer dans leur direction. B’soir, dirent-ils d’une même voix pour répondre à leur salut.

    Alors, si je comprends bien, tu vas passer la soirée en tête à tête avec tes manuels et moi, je n’aurai plus qu’à me taper les paquets de gâteaux, s’enquit Derek une fois que le groupe se fut un peu éloigné.

    Meredith opina de la tête. Ouais… mais tu peux te joindre à nous, si tu veux.


  • Commentaires

    1
    olympique lyonnais
    Mercredi 22 Janvier à 00:30

    j adore leur complicité

     

      • Butterfly
        Jeudi 23 Janvier à 09:03

        Ouiii moi aussi ! Ca fait vraiment plaisir de les voir comme ça. Quelle évolution dans leur relation !

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