• CHAPITRE 1004

    La Porsche s’arrêta un peu en contrebas de la maison d’Ellis. Meredith ne bougea pas, espérant que Derek allait enfin mettre un terme au silence pesant qui avait régné depuis leur départ de Sausalito. Dire quelque chose, n’importe quoi, mais dire quelque chose. Elle n’avait cependant guère d’espoir après le jugement sans appel qu’il avait rendu une heure et demi plus tôt. Aller de l’avant, chacun de son côté… Il avait pris sa décision et elle le savait trop orgueilleux pour y revenir, tout comme elle était trop fière pour lui avouer que ce n’était pas ce qu’elle voulait. Pourtant, elle l’aimait encore, tout comme il l’aimait, elle en était certaine. Il suffisait pour cela de voir l’attitude du chirurgien, le corps raidi, les poings serrés sur le volant, le regard obstinément dirigé vers l’avant. Rien d’agressif, non, juste un immense désespoir. Derek, commença-t-elle dans un murmure.

    Il ne la laissa pas en dire plus. Il faut que j’y aille maintenant. Il ne voulait pas l’entendre prononcer les banalités qu’on se sentait souvent obligé de dire dans ce genre de circonstances, les mots soi-disant de réconfort et d’encouragement, les regrets, les promesses de rester amis… Non, ils valaient mieux que ça. Surtout, prends soin de toi, Meredith, lâcha-t-il cependant, d’une voix sourde, juste avant que la jeune fille ne sorte du véhicule. Il démarra sans attendre l’éventuelle réponse. Une douleur atroce déchira la poitrine de Meredith, la laissant sans souffle. Elle eut l’impression qu’elle allait s’effondrer sur le trottoir et ne comprit pas d’où lui venait l’énergie de rester debout. Cette fois, oui, c’était fini. Derek l’avait abandonnée. Elle ne lui avait pas laissé l’ombre d’une chance et il avait arrêté de se battre pour elle. Et maintenant, elle allait devoir trouver une raison de continuer à vivre sans lui. Le problème, c’était qu’elle n’était pas certaine d’en avoir la force. Elle avança en titubant jusqu’à la porte de la maison. Elle introduisit sa clef dans la serrure, en priant le ciel de ne croiser personne afin de pouvoir directement se réfugier dans sa chambre pour y cacher son chagrin. Mais il était dit que ce jour-là serait maudit. A peine entrée, Meredith reconnut la voix de Cristina dont chaque mot était ponctué par les gloussements d’Izzie. Elle tenta malgré tout de rejoindre discrètement l’escalier.

    Merediiiiiiiiiiiiiith ! Izzie trottina vers elle, les bras grands ouverts.

    Avant qu’elle ait eu le temps de réagir, Meredith se retrouva serrée contre son amie d’enfance. Au-dessus de son épaule, elle croisa le regard sa mère, un regard qui lui disait, Où étais-tu cette nuit ? Et avec qui ? Pourquoi n’as-tu pas téléphoné ? J’étais tellement inquiète. Et depuis quand as-tu des secrets pour moi ? Mais ce regard disait aussi, Nous parlerons de tout ça quand nous serons seules. Reconnaissante, Meredith adressa à sa mère un petit sourire plein de tendresse et de remords.

    Mer, ça faisait si longtemps, minauda Izzie en libérant sa camarade. On avait tellement hâte de te revoir.

    Tellement que vous n’êtes pas venues hier au rendez-vous ! attaqua Meredith sans l’ombre d’une hésitation. L’amitié n’était plus à l’ordre du jour. Il était fini, le temps où elle mesurait tous ses propos, pour ne pas froisser l’une, pour ne pas décevoir l’autre. Aujourd’hui, elle se moquait complètement de ménager les susceptibilités. Elle en avait assez de cette hypocrisie. Elle allait vider son sac. De toute façon, elle n’avait plus rien à perdre. Cela faisait déjà cinq minutes qu’elle avait tout perdu.

    Ah pardon ! intervint Cristina, dont le ton mielleux indiqua à Meredith qu’un coup bas se préparait. On est venue au Cellar mais tu semblais tellement occupée avec tes prétendants qu’on n’a pas voulu te déranger. Ensuite, Derek est arrivé, alors…

    Derek ? ne put s’empêcher de demander Anne Grey. Elle était sûre que c’était le prénom qu’elle avait vu accolé au nom de Shepherd, sur la plaque qui était apposée sur la porte du chirurgien qu’elle avait rencontré la veille. Elle avait eu tout le loisir de la regarder tandis qu’elle attendait dans le couloir.

    Oui, Derek Shepherd, confirma Izzie, avec un grand sourire. Elle ne résistait jamais à l’envie d’étaler les informations, vraies ou fausses, qu’elle détenait sur la vie privée des gens, qu’elle les connaisse ou pas. Le chirurgien, le petit ami de Meredith, précisa-t-elle avant de se rembrunir. Enfin, l’ex petit-ami. Ils ont rompu parce qu’il l’avait trompée. C’est dommage. Il était canon. Elle haussa légèrement les épaules en faisant une grimace avant de retrouver son grand sourire. Mais bon, il lui reste toujours Mark. Il n'est pas mal non plus. Elle croisa le regard interloqué d’Anne Grey et comprit qu’elle avait gaffé. Oh vous n’étiez pas au courant ? Cristina ne put s’empêcher de sourire. On pouvait toujours compter sur la stupidité d’Izzie pour divulguer ce qui devait rester secret.

    Cette réaction n’échappa pas à Meredith. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Il est hors de question que je reste une minute de plus dans cette maison avec vous ! cria-t-elle en sortant de la pièce. Anne la suivit aussitôt. Dans l’entrée, Meredith, bouleversée, se retourna vers sa mère. Maman, ce qu’elle a dit sur Mark, c’est faux. Elles pensent que je sors avec lui mais c’est faux. Il n’y a jamais rien eu entre nous. C’est mon meilleur ami, c’est tout.

    Je te crois, la rassura Anne. Mais Derek Shepherd ? Le regard de Meredith chavira et elle se mit à pleurer. Ma petite fille, murmura Anne, désemparée par le désespoir de sa fille qui était aussi un aveu. Cet homme… J'avais vu juste, c'était lui, ton petit-ami ? Meredith le confirma avec un signe de tête. Cet homme n’est pas pour toi, jugea Anne.

    Oh maman ! gémit Meredith, la voix cassée par l’émotion. Si, il est pour moi ! Je l’aime !

    Mais il t’a trompée, lui rappela sa mère, choquée que Meredith n’accorde pas plus d’importance à ce qui, pour elle, était la pire des infamies au sein d’un couple.

    Oui, je sais mais… Meredith mit sa main devant sa bouche pour tenter de comprimer ses sanglots. J’ai essayé, j’ai essayé tellement fort… de ne plus penser à lui, de ne plus l’aimer, de le haïr même, haleta-t-elle. Mais je n’y arrive pas. C’est trop dur, cria-t-elle, au bord de la crise de nerfs. Ça m’épuise. Et ça me détruit. Elle porta ses deux mains à hauteur de sa poitrine. Depuis que je ne suis plus avec lui, j’ai l’impression d’étouffer. C’est comme si je n’arrivais plus à respirer. Je ne peux pas vivre sans lui, maman, je ne peux pas. J’ai besoin de lui pour respirer ! Elle ouvrit la porte et partit en courant, sans se soucier des appels de sa mère.


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Dimanche 25 Août à 14:37

    M'enfin, Meredith ! Pourquoi tu ne lui as pas dit ce que tu ressentais vraiment ? arf Là les choses sont mal engagées

    Et les deux autres ! Quel bel exemple d'hypocrisie ! Des amies comme ça, je n'en veux pas ! Une chance que Anne ne les croit pas ! 

    Enfin Meredith qui abandonne enfin la colère et admet les sentiments qu'elle a encore pour Derek. J'espère qu'elle est partie le retrouver pour lui dire face à face

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