• CHAPITRE 1001

    Meredith enlaça l’oreiller dans lequel elle enfonça son visage, en gémissant légèrement. Elle se sentait si bien dans la chaleur de la couette. Quand elle dormait, elle pouvait se réfugier dans des rêves où tout allait bien. Derek ne l’avait pas trompée et ils nageaient en plein bonheur. L’état de Tante Ellis était stable et Anne Grey n’avait aucune raison de venir à San Francisco. Quant à l’ambiance avec Cristina et Izzie, elle était au top et travailler à la boutique, un véritable enchantement. C’était pour rester dans ce déni que Meredith ne voulait pas se réveiller, pas encore, pas tout de suite. Gagner un peu de temps, être en sursis quelques minutes de plus… Elle se pelotonna au creux du lit, les paupières étroitement closes, en essayant de ne plus penser à rien, dans l’espoir que Morphée refermerait ses bras sur elle et l’emporterait à nouveau loin de la triste réalité. Mais Morphée devait avoir d’autres choses à faire car le sommeil ne revint pas. Dépitée, Meredith remonta la couette sur sa tête en poussant un petit grognement, avant d’émerger quelques secondes plus tard. Elle se retourna sur le dos et entrouvrit les yeux pour les refermer aussitôt, ne se décidant pas à s’avouer vaincue. Mais elle comprit que, quels que soient les efforts qu’elle pourrait faire, elle ne parviendrait pas à se rendormir. La moue boudeuse, elle réentrouvrit les paupières. A travers ses cils, son regard se posa machinalement sur le plafond. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu’il y avait quelque chose d’anormal. Dans la pièce qu’elle occupait chez Tante Ellis, il y avait cet horrible lustre en verroterie qui, en plus, cliquetait à chaque courant d’air. Or, ici, il y avait un simple plafonnier et des poutres en bois brun. Et puis, il y avait ce petit bruit de fond, comme le léger clapotis de l’eau. Intriguée, Meredith tourna la tête vers la gauche et ne reconnut pas l’ameublement de sa chambre. Soudain paniquée, elle s’assit dans le lit. Elle sursauta en découvrant Derek qui, imperturbable, l’observait depuis le fauteuil posé dans un coin de la pièce. Elle se souvint alors de ce qui s’était passé quelques heures plus tôt. Le Cellar, les mojitos, les garçons dont elle avait déjà oublié le prénom, la dispute avec Derek et la façon pour le moins énergique dont il l’avait fait sortir du club. Oui, elle se souvenait de tout, du moins jusqu’au moment où elle avait été malade. Ensuite, il n’y avait plus qu’un grand trou noir. Où est-ce qu’on est ? demanda-t-elle sur la défensive, en regardant autour d’elle.

    Chez moi, répondit Derek, posément, froidement même à ce qu’il semblât à la jeune fille.

    En effet, elle reconnaissait les lieux qu’elle avait visités deux jours auparavant : les murs peints en blanc, les lampes de chevet vert olive, la plante verte sur le coffre, l’étagère avec les livres… Ses yeux toujours pleins de méfiance se posèrent à nouveau sur le chirurgien. Et pourquoi tu ne m’as pas ramenée chez moi ?

    Bourrée comme tu l’étais ? Derek ricana en dépliant ses jambes devant lui. La nuit passée dans le fauteuil, à veiller sur le sommeil de Meredith, l’avait laissé tout courbaturé.

    J’étais pas bourrée, bougonna-t-elle, de mauvaise foi.  

    Ouais, à peine, se moqua Derek. J’ai quasiment dû te porter jusqu’à la voiture et tu étais à peine assise dedans que tu t’es endormie. Je ne me voyais pas sonner à la porte de ta mère et qu’elle te voit dans cet état-là, se justifia-t-il.

    Meredith le défia de son regard moqueur. Peur de te faire engueuler ?

    Non, assura-t-il en se levant. Mais il n’était pas question que je porte le chapeau pour quelque chose dont je n’étais pas responsable. Il passa dans la salle de bains.

    Oui, t’es jamais responsable de rien, toi, persifla Meredith, suffisamment haut pour qu’il l’entende. A cause de qui croyait-il donc qu’elle avait ressenti le besoin de trouver l’oubli dans l’alcool ?

    En tout cas, ce n’est pas moi qui t’ai fait boire jusqu’à ce que tu ne tiennes plus debout ! riposta sèchement Derek en revenant dans la chambre, un verre d’eau à la main. Il s’appuya contre le chambranle et but une gorgée, tout en regardant la jeune fille avec un air furibond.

    Elle haussa les épaules. Mais puisque je te dis que je n’avais pas bu tant que ça, se défendit-elle, bien qu’elle ne soit pas réellement convaincue par ce qu’elle disait. Les souvenirs qu’elle avait de la soirée étaient tout de même relativement vagues et le mal lancinant qui oppressait son crâne semblait prouver qu’elle avait dû faire des excès. Elle désigna du menton le verre que Derek tenait en main. Je peux en avoir aussi ? Il disparut à nouveau dans la salle de bains et elle entendit le robinet qui coulait. C’est juste que je n’avais pas mangé avant, cria-t-elle pour tenter de se disculper.  

    Eh bien, c’est pas malin ! Derek réapparut avec un gobelet bleu. Tu ferais mieux de manger un peu. Tu n’as plus que la peau sur les os, grommela-t-il en lui tendant le verre.

    Enervée, elle le lui arracha presque des mains. Si mon petit-ami ne m’avait pas trompée, j’aurais peut-être plus d’appétit ! Elle lui jeta un regard mauvais qu’il lui rendit, puis elle plongea le nez dans son verre. Cette façon qu’il avait toujours de rejeter ses fautes sur les autres, ou de les minimiser, était des plus agaçantes. Quand elle eut avalé toute l’eau, dont la fraicheur lui fit d’ailleurs un bien fou, elle rejeta la couette d’un geste sec, afin de sortir du lit. Elle se rendit alors compte qu’elle ne portait que ses sous-vêtements. Elle poussa un cri et rabattit promptement l’édredon sur elle avec un air tellement choqué que Derek ne put s’empêcher de s’esclaffer. C’est toi qui as fait ça ? l’interrogea-t-elle comme s’il avait commis un crime.

    Il se rassit en la narguant. Oui et alors ?

    Mais… mais tu… tu n’avais pas le droit ! bafouilla-t-elle, scandalisée.

    Il leva les yeux au ciel devant ce nouvel excès. Oh ça va. Arrête ton cinéma ! Je t’ai vue nue des dizaines de fois. Que croyait-elle donc ? Qu’il avait apprécié la situation ? Qu’en la déshabillant, il en avait profité pour se rincer l’œil et assouvir ses fantasmes ? Loin de là ! Il s’était plutôt dépêché de lui enlever cette satanée robe – pas facile à faire quand la personne ressemble à ces mannequins que l’on voit dans les vitrines des magasins, inertes et raides – en évitant de la regarder de trop près. C’était déjà bien assez dur comme ça !


  • Commentaires

    1
    Butterfly
    Mardi 20 Août à 20:50

    Je confirme, sa colère lui fait avoir des attitudes ridicules. Heureusement, Derek ne s'en laisse pas conter ! 

    2
    Mdbailey
    Mardi 20 Août à 22:53
    Je déteste cette Meredith la, a force je me dit que Derek serais mieux sans elle.
    3
    Linda
    Mercredi 21 Août à 20:34

    C'est vrai qu'elle est chiante pour le moment, Meredith ! Il a bien de la patience, Derek ! 

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